ETHNOBOTANIQUE

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Archive pour sociologie

Renouveler la ville, reproduire la nature. Une socio-anthropologie des processus décisionnels et des relations à la nature au sein d’un projet urbain durable

Thèse de Antonio Dos Santos, Sociologie. Université de Lille 1 – Sciences et Technologies, 2016, 593 p.

Relativement à l’essor d’un urbanisme, tantôt qualifié de durable, tantôt d’écologique par la littérature scientifique, cette thèse interroge les évolutions du rapport à la nature en contexte urbain à travers les pratiques et les représentations sociales des acteurs d’un projet d’aménagement. La recherche menée entre 2011 et 2015 cible le programme de reconversion d’une friche industrielle urbaine en écoquartier, situé sur le versant nord-est de la métropole lilloise, à partir d’une enquête qualitative mobilisant observations ethnographiques, entretiens semi-directifs et analyse de la littérature afférente (grise, législative et réglementaire). Le projet urbain, considéré ici comme un instrument de l’action publique, constitue un analyseur privilégié de l’évolution des politiques de la nature en milieu urbain. Le questionnement guidant cette recherche est le suivant : quelles formes de natures sont produites dans un projet urbain qualifié de durable par ses initiateurs, selon quelles modalités décisionnelles et de gouvernance effectives, et sur la base de quel paradigme socio-culturel ? L’analyse est conduite à l’aide d’une double perspective théorique, croisant socio-anthropologie de l’environnement et de l’action publique, et faisant plus spécifiquement dialoguer anthropologie de la nature et analyse cognitive des politiques publiques. Nous démontrons que malgré la persistance d’une conception utilitariste de l’environnement, les évolutions actuelles de l’urbanisme, entendu dans un sens large, préfigurent une mutation de la place accordée à la nature dans la ville. De façon plus générale s’esquisse ainsi une dissolution progressive de la césure ville-nature.

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Jardins et jardiniers : les pieds dans la terre, la tête dans les nuages. Une anthropologie du potager

Thèse de Vincent Larbey, Sociologie. Université Paul Valéry – Montpellier III, 2013, 460 p.

Depuis le XIXe siècle en France, l’opposition entre agrément et utilitaire détermine nos représentations du jardin. Ainsi, le potager s’inscrirait avant tout dans une logique de production, à l’opposé du plaisir créatif et distingué propre au jardin d’agrément. L’observation de nombreux jardins vivriers et des manières de faire de leurs jardiniers, montre que ces jardins sont chargés d’intentions et de symboles dépassant la seule préoccupation de produire de la nourriture. C’est le cas des jardins éloignés du domicile, tels les jardins collectifs, familiaux ou partagés, mais aussi d’autres jardins, vivriers en Papouasie et en Amazonie, transitoires à New York. L’intimité du jardin, la mémoire du lieu, le « contact » avec la terre, l’autoproduction de nourriture, la dimension collective et l’exposition au regard des autres sont sources d’un fort investissement symbolique, suscitant des formes particulières d’appropriation, de sociabilité et d’expression ; une façon de concrétiser sa présence au monde, sa relation au temps, à « l’environnement », aux autres et à soi-même. Sans doute le mythe paradisiaque se construit-il sur ces aspects, dont se saisissent aussi les philosophes et les poètes. Cette recherche a également pour objet de souligner le hiatus entre la conception des jardins proposés par les collectivités publiques et les pratiques quotidiennes des jardiniers.

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Du court, du local ! Une sociologie du gouvernement de la filière fruits et légumes

Thèse de Pierre Naves, Sociologie. Université de Bordeaux, 2016, 420 p.

La filière des fruits et légumes frais est aujourd’hui confrontée à la mise en question des institutions gouvernant ses rapports institués de distribution. De plus en plus, une partie des acteurs intervenant dans le gouvernement de cette filière (collectivités territoriales, producteurs, distributeurs, organisations professionnelles) cherchent à promouvoir de nouvelles formes de distribution, caractérisées par la réduction des distances sociales et / ou relationnelles entre producteurs et consommateurs. La fin des années 2000 a notamment été marquée par la mise en œuvre d’une politique publique nationale destinée à développer les« circuits courts » de commercialisation des produits agricoles, caractérisés par l’absence ou la présence d’un seul intermédiaire entre producteurs et consommateurs. Ces circuits courts sont, en outre, souvent associés par les acteurs à des dynamiques de relocalisation des processus de distribution. Historiquement peu concernée par ces modes de distribution, dont les titulaires de son gouvernement ont au contraire cherché à l’affranchir en les marginalisant économiquement, la filière des fruits et légumes frais redécouvre aujourd’hui de nouvelles manières d’organiser ses marchés et de qualifier les produits. Doit-on pour autant conclure au triomphe des challengers du gouvernement de cette filière, parce qu’ils auraient réussi à institutionnaliser de nouveaux rapports institués de distribution ? Nous prétendons justement montrer, à partir d’une sociologie du gouvernement de la filière inspirée des travaux de la sociologie économique et de l’économie politique, que la réalité est plus complexe et ambigüe. En effet, si, à l’échelle locale, ces challengers parviennent à mieux contrôler les opérations de problématisation, d’instrumentation et de légitimation des enjeux associés à l’institutionnalisation de nouveaux modèles de distribution des fruits et légumes, aux échelles nationale et communautaire, le gouvernement de la filière demeure contrôlé par les acteurs les plus puissants : producteurs spécialisés, organisations de producteurs, enseignes de la grande distribution. Finalement, plutôt qu’à une relocalisation des circuits de distribution de la filière, on assiste en réalité à une évolution des dynamiques de qualification, marquée par la stabilisation du « local » comme une nouvelle institution marchande, dont l’usage stratégique permet aux titulaires du gouvernement de conserver la mainmise sur la définition des enjeux légitimes à traiter, en particulier ceux relatifs aux modèles de développement agricoles à soutenir et encourager.

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La filière palmier à huile au Burundi : acteurs et territoires

Thèse de Érasme Ngiye, Géographie. Université Toulouse le Mirail – Toulouse II, 2015, 344 p.

Cette thèse porte sur l’étude de la filière palmier à huile au Burundi. Son enjeu principal est d’analyser la manière dont cette culture construit son territoire. Elle étudie les acteurs de la filière palmier à huile, leurs stratégies et la manière dont ils sont organisés ainsi que l’espace territorialisée par cette filière. La filière palmier à huile au Burundi a connu deux importants modes de cultures. Le mode de culture traditionnelle dominé par l’ancienne variété « dura », il était caractérisé par la polyculture extensive. Entre des palmiers espacés, la culture du vivrier était possible. Le deuxième mode de culture concerne la monoculture du palmier à huile qui est uniquement destinée à produire de l’huile de palme. Il consiste à la culture de la nouvelle variété « tenera » jugée plus productive que l’ancienne variété. La transition de l’ancien au nouveau mode d’exploitation agricole ne s’est pas faite sans conséquences sur les modes de vie des paysans des principales zones palméicoles burundaises (Rumonge et Nyanza-Lac). L’installation de la nouvelle variété « tenera » à Rumonge et à Nyanza lac a certes, généré une véritable agriculture marchande, mais elle s’est faite au détriment d’autres cultures vivrières. Dans ce travail nous montrons les bouleversements socio-économiques que la culture a engendrés sur les modes de vie des paysans, notamment l’exacerbation des conflits fonciers. La culture du palmier à huile ne cesse de s’étendre sur d’autres régions du pays. Par une analyse historique, nous montrons comment la construction du territoire du palmier à huile s’est faite autour des acteurs qui n’ont ni les mêmes moyens financiers ni les mêmes objectifs. Les modes d’organisation et les stratégies varient en fonction de chaque groupe d’acteurs et de son capital financier initial. La faible organisation de petits palméiculteurs observée à l’Imbo-sud n’augure pas un bon avenir pour eux. Enfin, l’étude montre comment les détenteurs de capitaux accèdent à la filière palmier à huile en passant par la simple location de terres de pauvres paysans.

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Des jardinier.e.s partagé.e.s entre discours et pratiques : du lien social à l’entre-soi

Thèse de Léa Mestdagh, Sociologie. Université Sorbonne Paris Cité, 2015, 456 p.

Centrée sur l’étude de plusieurs jardins partagés parisiens et de proche banlieue, cette thèse se propose de questionner les discours – institutionnels, associatifs, et des jardinier.e.s eux.elles-mêmes – présentant ces jardins comme des lieux de création de lien social. L’enquête de terrain, mêlant observation participante, questionnaires et entretiens semi-directifs, révèle que ces jardins constituent des espaces d’entre-soi, fréquentés par des acteur.rice.s proches, en particulier en termes de positions sociales, de niveaux de diplômes et de pratiques culturelles et de loisirs. Si des liens peuvent émerger dans et par ces jardins, leur portée reste ainsi limitée par le fait qu’ils se créent presque exclusivement entre les membres des collectifs, sélectionné.e.s socialement. L’enjeu de cette thèse est donc de mettre à l’épreuve du terrain l’inadéquation entre les éléments de discours recueillis et les pratiques effectives des acteur.rice.s. Ce travail se situe dans une réflexion plus large à propos du lien social contemporain caractérisé par sa nature élective. Il soulève aussi la participation des collectifs associatifs aux stratégies d’appropriation de l’espace et aux processus ségrégatifs en jeu dans les territoires urbains, en particulier la gentrification en cours à Paris et dans les communes de proche banlieue.

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Jeux de nature, natures en jeu. Des loisirs aux prises avec l’écologisation des sociétés

Thèse de Ludovic Ginelli, Sociologie, Université de Bordeaux, 2015, 380 p.

Aujourd’hui massivement pratiqués, les « sports et loisirs de nature » sont traversés par des tensions majeures à l’œuvre dans nos sociétés. Comment sont-ils remodelés par l’écologisation des sociétés, analysée ici comme un processus à la fois cognitif, normatif et politique ? Cette problématique est traitée à partir d’usages différents par leur histoire, leurs publics et leurs techniques (chasses anciennes, kayak de mer, chasse sous-marine et chasse à l’arc) mais travaillés par des processus analogues (naturalisation des espaces, sportivisation des usages) dans deux « hauts lieux de nature » en partie protégés, le bassin d’Arcachon et les Calanques de Marseille. Pour l’analyse de tels processus socio-environnementaux, nous avons opté pour une démarche pragmatiste, en retenant notamment les concepts-clés d’expérience, de trouble, d’enquête et de prise. La thèse défendue prend à contrepied le consensus écologique apparent : lorsqu’on les observe « en action », les normalisations écologiques actuelles créent davantage de tensions et de clivages au sein des collectifs d’usagers qu’elles ne les fédèrent. En situations de co-présence au quotidien, les usagers inscrits dans d’autres mondes sociaux que ceux de l’écologie et contrariés dans leurs « passions cognitives » se montrent ambivalents envers les normalisations écologiques. Ils sont partagés entre l’impératif social d’adhésion à l’exemplarité écologique et le rejet de ses appuis normatifs, individualisants et experts (« impact », « écocompatibilité » «écoresponsabilité »). Ces appuis normatifs sont particulièrement présents dans les espaces protégés (parc national des Calanques, réserve naturelle sur le bassin d’Arcachon), où l’écologisation est portée par des acteurs mandatés, les normes sont légales ou réglementaires et traduites en dispositifs de gestion. C’est seulement en tant qu’experts que certains usagers et porte-parole peuvent se faire entendre, sans que ne changent véritablement ni le collectif des participants, ni les manières de formuler les enjeux et les réponses à apporter. Au plan théorique, ces résultats interrogent certaines propositions du pragmatisme. D’un point de vue plus politique, ils nous amènent également à discuter les appuis normatifs des écologisations contemporaines.

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Création, patrimonialisation et marchandisation dans le monde de la rose

Carnet de recherche du programme RosesMonde, Programme financé par l‘ANR – Cultures, patrimoines, création (DS0805) 2015

Objets vivants de culture et de nature, les plantes ornementales sont entrées dans le domaine du patrimoine dans les années 1970-80. Redonnant valeur à des variétés tombées en désuétude, cette patrimonialisation se nourrit d’une critique esthétique de l’offre horticole et d’une critique de la marchandisation. L’originalité de la création dans ce secteur est son caractère hybride, à la fois création à vocation esthétique et obtention fondée sur des savoirs génétiques. RosesMonde s’intéresse à cette hybridité créative et à son intrication avec les logiques de patrimonialisation et de marchandisation du capitalisme esthétique, à travers un produit : la rose, au carrefour des industries culturelles et de l’agro-business. Comment la création variétale rosicole enregistre-t-elle la tension entre marchandisation et patrimonialisation, au cœur des dynamiques sociales et politiques actuelles ?
Pour répondre à cette question, un consortium associant des chercheurs en SHS (géographes, historiens, économistes et sociologues) à des généticiens met en œuvre une approche comportant trois entrées : par les variétés, par les acteurs, par les lieux, avant de déboucher sur des études de cas à valeur heuristique et synthétique.
Voir le Carnet en ligne ici.