ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour Sénégal

Journal of Applied Biosciences, n°113, mai 2017

Journal of Applied Biosciences, n°113, mai 2017

Plusieurs articles traitant d’ethnobotanique dans ce numéro :

  • « Diversité spécifique et usages ethnobotaniques des ligneux suivant un gradient pluviométrique Nord-Sud dans le bassin arachidier sénégalais« , Ibrahima NDIAYE, Boubacar CAMARA, Daouda NGOM et Oumar SARR
  • « Connaissances et pratiques ethnobotaniques en médecines traditionnelles vétérinaire et humaine au Bénin : similarité ou dissemblance ? », OUACHINOU Jéronime M-A. S., ADOMOU Aristide C., DASSOU G. Hospice, YEDOMONHAN Hounnankpon, TOSSOU G. Monique et AKOEGNINOU Akpovi
  • « Connaissances et usages traditionnels des plantes médicinales du département du haut Nyong », Emmanuel MPONDO MPONDO, Jean Paul NGENE, Léa MPOUNZE SOM, Gisèle ETAME LOE, Philomène Céleste NGO BOUMSONG, Jacques YINYANG, Siegfried Didier DIBONG.
  • « Étude ethnobotanique des plantes médicinales utilisées dans le traitement du diabète dans le Département de Zouénoula (Côte d’Ivoire) », Arthur Stéphane GNAGNE, Djeneb CAMARA, N’Guessan Bra Yvette FOFIE, Kouadio BENE et Guédé Noël ZIRIHI.

Articles intégralement accessibles en version Pdf sur Elewa.

Ethnobotanique médicinale des Fulbe Bande et des Nyokholonke

Rapport de Alain Epelboin et Sylvie Epelboin paru dans Musée de l’Homme, MNHN, CNRS. 1983 (6), pp.411, 1983, Documents du Centre de recherches anthropologiques du Musée de l’Homme, Robert Gessain, 412 p.

Sont présentées ici quelques 150 plantes et quelques centaines d’usages thérapeutiques. Ceux-ci ne constituent pas une liste exhaustive des connaissances des Fulbe bande (PL) et des Nyokholonke (NK) dans ce domaine. Il est bien entendu que les termes « thérapeutique »ou « médecine » sont pris dans l’acception que leur donne la pensée autochtone, le remède, peut être une écorce croquée pour soulager une toux ou une préparation savante destinée à faire gagner son procès à un plaignant. C’est parfois un rituel propitiatoire visant à assurer la réussite de la culture d’un champ nouvellement défriché . Sont englobées aussi sous ce terme des préparations qui protègent des voleurs. La plupart du temps, elles ont pour but de réparer ou de protéger la santé, mais elles peuvent être elles-mêmes causes de maladies ou de malheur soit qu’il s’agisse d’une action maléfique voulue, soit qu’en se défendant d’une maladie, d’un malheur, on le retourne contre son auteur qui, à son tour, tombe malade ou meurt . De la même façon qu’il est nécessaire de s’alimenter pour vivre, il est indispensable de fournir au corps un certain nombre de produits qui assurent l’entretien de sa santé . Aussi ne trouvons-nous pas, dans le champ thérapeutique traditionnel, une frontière très précise entre le remède « préventif », celui que l’on emploie avant que la maladie, le malheur ne vous saisissent , et toutes les préparations techniques auxquelles on a recours· une fois l’événement déclaré. Il est logique d’accumuler, sous forme d’amulettes portées, d’onctions, de substances absorbées, tout ce qui permet d’entretenir cet état éminemment précaire qu’est la santé. Les remèdes, ici essentiellement à base de végétaux, sont tous les moyens dont l ‘individu peut disposer pour s’assurer à lui- même et à sa famille un certain contrôle sur le déroulement de la vie . Ils permettent de soigner une maladie, d’assurer l a santé , de réaliser une entreprise, d’écarter le malheur ou la malchance, d’attirer le bonheur et la réussite. Ce faisant, une personne assure , non seulement son propre avenir, mais aussi celui de sa société . L’emploi des remèdes est régi par la logique du système de pensée médicale vernaculaire. Ils n’ agissent pas seulement sur le désordre biologique, mais traitent également la dimension sociale de la maladie. Les rituels thérapeutiques sont donc des dispositions secrétées par la société pour normaliser les troubles de l’ordre individuel et leurs répercussions sociales. Ils sont donc aussi des moyens de maintenir l’ordre social.

Rapport an accès libre et intégral, version PDF (10.58 Mo) sur Hal-Shs.

Forêt, arts et culture, l’esprit des lieux

Journée d’étude du GHFF, Sorbonne (Paris), 28 janvier 2017

La journée d’études sera précédée le 27 janvier d’une soirée cinéma avec conférence. Nul besoin de présenter le film « Lady Chatterley », réalisé par Pascale Ferran en 2006. Ses nombreux prix attestent sa notoriété. Mais peu savent que ses paysages ont été filmés dans les forêts limousines. La forêt tient une place majeure et abrite plusieurs scènes essentielles. L’esprit de la forêt habite les personnages…

Le paysagiste Gilles Clément abordera l’idée d’un génie naturel des écosystèmes forestiers et les questions soulevées par leur mise en paysage. Sa contribution au choix des paysages du film de Pascale Ferran illustre les enjeux de la spatialité forestière.

Télécharger le flyer avec la totalité du programme : flyer-programme-j2-051216

 

Ceux de la nuit. Les sorciers tenda au Sénégal oriental

Ouvrage de Marie-Paule Ferry, ed. Société d’Ethnologie Française, coll. Anthropologie de la nuit, 75 p., 2014

« Ceux de la nuit », ce sont les sorciers mais aussi les esprits et autres malins génies qui peuvent prendre des apparences multiples, comme celles d’oiseaux, en particulier ceux de la nuit : les hiboux ou les chouettes. Certaines plantes sont également reconnues comme des entités sorcières, c’est le cas de la Striga ermonthica, appelée aussi « la maladie du champ de mil » parce qu’elle en parasite les racines et la version anglaise de son nom est explicite : witch weed, soit « graine de sorciers ». Même un petit vent peut être l’avatar d’un sorcier, surtout lorsqu’il souffle dans la frondaison d’un palmier rônier, avec ses grandes feuilles dentelées en éventail qui abritent les roussettes et s’entrechoquent en produisant un son pareil – nous dit l’auteure – à un bruitage de film d’horreur. Dans la nuit africaine les bruits sont innombrables, seuls les chasseurs ne craignent pas la nuit profonde, à condition d’avoir accompli les rites de protection, ainsi que les femmes, tournées vers la nuit, et qui ont une familiarité particulière avec ce qui est caché, esprits et masques.

Marie-Paule Ferry est ethnolinguiste et spécialiste d’ethnobotanique. Elle a passé de longues années au Sénégal à étudier la langue tenda, parlée par des groupes non peuls, les bedik et basari de la partie orientale du pays. Comme Jeanne Favret-Saada dans le bocage en Mayenne elle désigne la sorcellerie comme une « crise » qui traverse la société et « prend » les individus, et comme elle, elle s’est trouvée « prise » dans l’une de ses crises. Leur particularité dans la société bedik, c’est que ces crises affectent essentiellement la cellule familiale, les « attaques » se produisant entre les membres d’une même famille. On dit alors qu’on « a mangé de la viande de la nuit », prélevée sur le corps des vivants à leur insu. Le terme « viande » renvoie plutôt à l’âme ou au principe vital, mais le maléfice fonctionne comme une sorte d’anthropophagie symbolique qui laisse la victime exsangue et dans un état proche de la mort. Souvent le responsable de l’attaque nocturne n’en est même pas conscient, il faut alors lui faire avouer. Là aussi une plante, en l’occurrence un genre de gui, peut faire éclater la vérité et protéger les vivants. À son corps défendant et en toute innocence, l’ethnologue s’est vue accusée d’avoir ainsi « mangé » le fils de son informateur pendant que celui-ci visitait notre pays et sa capitale.

Le caractère nocturne de ces menées maléfiques fait que ces populations assimilent la sorcellerie à un mauvais rêve, à un cauchemar. Mais comme ailleurs – je cite « ces sociétés agraires où la vie semble devoir s’écouler paisiblement sont en fait le théâtre d’angoisses douloureuses à porter, surtout parce qu’elles sont cachées ». Une menace sourde et indétectable s’appesantit au cœur de la nuit, dans l’obscurité. Les parades existent, elles sont nombreuses et Marie-Paule Ferry les passe en revue. Elle décrit notamment les combats de masques, souvent livrés pour protéger les cultures mais aussi les maisons, ces masques dont l’usage requiert une initiation et qui couvrent le corps de fibres et de feuilles, donnant à ceux qui les portent l’apparence des êtres surnaturels qu’ils sont censés incarner. Parfois ces masques chatoyants et ondulants sont surmontés d’un beau chapeau de rônier blanc, délicatement orné de lys sauvage appelé « arc-en-ciel ». Les jeunes filles qui voient apparaître la créature adorent ça et s’écrient alors : « il n’y a plus de mort ! » C’est que, sous l’effet d’une inversion de sens, ces masques représentant les esprits des morts dansent et chantent mieux que les vivants.

Les contes reproduisent aussi cette inversion symbolique et ils ont également une valeur prophylactique, basée sur la croyance dans le caractère puissamment performatif de la parole. Puisque la nuit des humains est le jour des esprits, ils ne peuvent se dire que la nuit. Mais le « truc » sans doute le plus efficace pour éviter de se faire croquer sous la lune c’est de s’employer à se rendre « fade ». « Avoir du goût », nous dit la langue tenda dans une belle cohérence sémantique et sanitaire à la fois, signifie en effet « avoir de la fièvre, se sentir mal ».

[Texte de Jacques Munier, France Culture, émission « L’essai et la revue du jour », 20. 05. 2014, à réécouter en ligne ici]

Du bon usage de ‘l’arbre nourricier’

Article de Monique Chastanet publié dans Afrique Contemporaine, n°161, n° spécial sur l’environnement (1992), pp. 188-190

Ce conte soninké, recueilli à Bakel (Sénégal), est une initiation à la sagesse et à la maîtrise de soi. Il témoigne aussi d’une valorisation ancienne du milieu végétal, quelque peu oubliée aujourd’hui.

Article intégralement accessible en version PDF (1 Mb) sur HAL-SHS.

Chorologie, écologie et ethnobotanique de certains Ficus sp. L. (Moraceae) au Sénégal

Article de Doudou Diop, Mame Samba Mbaye, Aboubacary Kane, Bienvenu Sambou et Kandioura Noba paru dans  la revue « Biotechnologie, Agronomie, Société et Environnement »,  2012, n°16(1), pp.13-24

Le genre Ficus (Moraceae) est l’un des plus importants de la flore tropicale par le nombre d’espèces. Au Sénégal, il constitue, chez les ligneux, le genre le plus diversifié de la flore avec plus de 30 espèces. Si les espèces les plus connues font déjà l’objet de protections sous diverses formes, les taxons les moins connus sont fréquemment abattus pour faire place aux cultures. Cette étude se focalise sur les aires de répartition, l’écologie et les usages afin de disposer de données  pour mieux valoriser Ficus au Sénégal. Pour ce faire, des enquêtes ont été menées auprès des populations et les résultats obtenus ont été complétés par la recherche bibliographique et les informations mentionnées sur les parts d’herbier. L’étude chorologique et écologique a montré que ces espècessont d’origine africaine et occupent des milieux divers. Au Sénégal, ellessont essentiellement localisées au Sud du pays où règne un climat guinéen ou soudano-guinéen. Elles affectionnent les forêts humides de la Casamance, les galeries forestières et les vallées humides de la région orientale du Sénégal. Toutefois, F. abutilifolia, F. cordata, F. dicranostyla, F. glumosa, F. platyphylla et F. sycomorus sont rencontrées dans les savanes chaudes et sèches de la zone soudanienne, sur des sols sablo-argileux, latéritiques et rocheux. L’étude ethnobotanique a montré un large éventail d’usages des espèces du genre Ficus. Des 19 espèces autochtones utilisées par les populations, 7 types d’usages ont été mis en évidence.

Article accessible intégralement en version PDF (468 ko) sur le site des Presses agronomiques de Gembloux.

Enquête ethnobotanique et ethnopharmacologique des plantes médicinales de la pharmacopée sénégalaise dans le traitement des morsures de serpents

Note pharmaceutique de P.G. Sow, Université de Bambey, UFR santé communautaire, Sénégal, 2011

Les morsures des serpents venimeux constituent un problème médical, social et économique pour les populations rurales africaines, à faibles revenus et éloignées des centres médicaux. Le coût relativement élevé de la sérothérapie antivenimeuse rend le recours à ce traitement, aujourd’hui plus encore, inaccessible à la majeure partie sinon à la quasi-totalité de la population africaine. Au Sénégal, près de 8000 personnes sont mordues chaque année par un serpent dont environ 150 à 200 meurent des suites de ces morsures, principalement au début et à la fin de la période agricole. L’utilisation d’extraits de plantes à visée thérapeutique est une pratique courante en médecine traditionnelle africaine. L’étude prospective a été effectuée entre octobre 2010 et janvier 2011 et a consisté à réaliser une enquête au niveau de trois sites dans trois régions du Sénégal, à savoir : Dakar, Kaolack et Kédougou qui ont été choisies sur la base de leur accessibilité et de leur taux de fréquentation important par les malades présentant des morsures de serpent. L’enquête a été réalisée à l’aide de questionnaires à réponses ouvertes destinés aux tradipraticiens et herboristes. Au total, deux familles de plantes ont été enregistrées aussi bien chez les guérisseurs et tradipraticiens que chez les herboristes. Ces familles sont toutes des arbustes : (1) les Annonaceae (quatre espèces) : Anonna chrysophylla Boj., A. senegalensis var. chrysophylla (Boj.) R. Sillans, A. senegalensis var latifolia Oliv., A. arenaria thonn; (2) les Poligalaceae (une espèce) : Securidaca longepedunculata.

Document en vente sur le site ScienceDirect.