ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour religion

Croyants de nature ? Sociologie religieuse de l’Agriculture paysanne

Article de Mathieu Gervais paru dans Etudes Rurales, janvier-juin 2016, n°197, pp. 177-194

Après avoir été un grand thème de l’analyse de la modernisation des campagnes et donc de la sociologie rurale entre les années 1950 et 1970, la sociologie religieuse du monde rural semble aujourd’hui quelque peu délaissée. Cela s’explique en partie par la baisse de la pratique religieuse des ruraux, emblématique du rapprochement entre les villes et les campagnes. Toutefois, nous discutons, ici, l’intérêt actuel d’études croisant sociologie des religions et sociologie rurale. À partir de l’exemple de l’Agriculture paysanne, nous montrons comment la critique de l’agriculture conventionnelle actualise des contenus religieux. Le catholicisme issu de l’action catholique continue ainsi d’influencer plus ou moins directement cette agriculture alternative. De plus, il existe une dimension « spirituelle » invoquée par certains agriculteurs paysans pour légitimer une relation non instrumentale à la nature et au « vivant ». S’intéresser à la religion permet donc de préciser les représentations de la nature et les pratiques des agriculteurs dans un contexte d’écologisation.

Article intégralement accessible en version PDF (508.18 Ko) sur Hal-Shs.

Séminaire Nature(s) et religion(s)

Séminaire coordonné par Marlène Albert-Llorca, Georges Favraud et Guillaume Rozenberg (LISST-Centre d’anthropologie sociale, UMR 5193), Université de Toulouse Jean-Jaurès, Toulouse, année 2017

Ce séminaire propose de poser la question, centrale pour les sciences humaines et sociales, du rapport à la nature en situant au premier plan de la réflexion le fait religieux. L’hypothèse est que les représentations et les pratiques religieuses, étant une clé de voûte du social, constituent un champ premier et déterminant de façonnage du rapport des groupes humains à leur milieu. Un champ où, en d’autres termes, les manières dont les groupes humains entrent en interaction avec les diverses composantes de leur milieu, aussi bien que les manières dont ils configurent ce milieu, se laissent saisir avec acuité. La réflexion se déploiera autour de trois grands dossiers, qui offrent trois points de vue féconds et complémentaires pour interroger les relations entre nature(s) et religion(s), et par là les processus variables de socialisation de la nature et de constitution du religieux : lieux et paysages sacrés ; conception et gestion de la vie ; modes de (re)sacralisation de la nature dans le monde occidental.

Programme

20 janvier 2017 (9h30-12h30)
Les dieux successeurs des astres ? Cultes de la nature et explication naturaliste des cultes
Jean-Pierre Albert (EHESS, LISST-Centre d’anthropologie sociale)

10 février 2017 (10h30-12h30)
De la perception aux représentations : intérêt et limites d’une phénoménologie du religieux.
Considérations à partir de l’appréhension totonaque de l’environnement (Mexique)
Nicolas Ellison (EHESS, Centre des Etudes Mexicaines et Centre-Américaines)

17 mars 2017 (10h30-12h30)
Sacrifice des volailles et oiseaux sentinelles. Lévy-Bruhl, Lévi-Strauss et la grippe aviaire
Frédéric Keck (CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale / Musée du quai Branly)

28 avril 2017 (14h-16h)
Le chemin et le champ. Rites sacrificiels et théorie de la vie chez les Mixe de Oaxaca (Mexique)
Perig Pitrou (CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale)

19 mai 2017 (10h30-12h30)
Le monde perpétuellement en mouvement : des dieux que l’on cultive et des animaux qui
séduisent les hommes en pays mandingue (Afrique de l’Ouest)
Agnès Kedzierska-Manzon (LISST-Centre d’anthropologie sociale)

16 juin 2017 (10h30-12h30)
La fonction naturelle de la religion chez Bergson
Pierre Montebello (Université Toulouse-Jean Jaurès, ERRAPHIS)

Les bois sacrés

Actes du Colloque International (Naples 1989), Publications du Centre Jean Bérard, 1993, 206 p.

Le 8 Mars 1890, au Trinity College de Cambridge, un ethnologue de trente-six ans, James George Frazer, achève et signe la préface de l’œuvre en deux volumes à laquelle il travaille depuis le printemps précédent. Cette première version du Rameau d’Or sera, comme on sait, suivie de plusieurs autres, qui porteront cette « étude séparée » sur « la règle, jusqu’ici inexpliquée, de la prêtris d’Aricie » aux dimensions monumentales de la troisième édition (1911-1915) en douze volumes.
Il nous a semblé intéressant de marquer, par une rencontre scientifique, le centenaire — à quelques mois près — de la première parution du Golden Bough. Moins peut-être pour l’œuvre elle-même qui, après avoir nourri plusieurs générations de chercheurs, s’est trouvée ensuite progressivement délaissée, que pour ce qu’elle représente : l’acte fondateur de l’anthropologie culturelle moderne.

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Ouvrage en accès intégral libre sur OpenEdition Book.

Sacred forests and the global challenge of biodiversity conservation: the case of Benin and Togo

Article (en français) de Dominique Juhé-Beaulaton paru dans « Journal for the Study of Religion, Nature, and Culture », 2008, 2 (3), pp.351-372

Les bois sacrés représentent souvent les derniers îlots forestiers de l’aire d’étude (Sud du Bénin et du Togo). Ces formations forestières se trouvent menacées devant la pression foncière croissante combinée à l’évolution des pratiques culturelles. Une analyse rapide des facteurs de ces changements depuis l’arrivée des Européens dans cette région prendra en compte le contexte historique et culturel et l’identification des différentes catégories d’acteurs intervenant directement ou non dans la gestion des bois sacrés. Les recherches scientifiques orientées par les grandes conventions internationales ont précédé et accompagné la mise en place des politiques environnementales et culturelles et les actions des ONG. Ces différentes actions se traduisent par des modifications des modes de gestion de ces sites et une adaptation des pratiques culturelles dont les responsables politiques et religieux locaux sont les gardiens. C’est ainsi que devant la diminution du pouvoir de ces chefs traditionnels (problèmes de succession, non respect des interdits religieux), l’administration forestière préconise la « restauration » de ces formations boisées par des plantations et que l’écotourisme apparaît comme une nouvelle forme de conservation de la biodiversité. Le renforcement du rôle de l’État passe par une définition du statut juridique de ces bois sacrés.

Article intégralement accessible en version PDF (352,69 ko) sur HAL-SHS.

Voir également plusieurs photographies de Dominique Juhé-Beaulaton représentant des bois sacrés sur MediHal.

Du jardin comme paysage sacral en Italie à la Renaissance

Intervention de Hervé Brunon parue dans « Paysage sacré et exégèse visuelle du XVIe au XVIIe siècle », Paris : France (2007)

En forgeant, sur la base des travaux d’Alphonse Dupront, la notion de  » paysage sacral « , c’est-à-dire sacralisé, ayant acquis secondairement un caractère sacré, cette contribution vise à éclairer pourquoi les différents traits typologiques du jardin proprement sacré dans l’Antiquité – selon les principales conceptualisations du sacré élaborées en anthropologie depuis Émile Durkheim – s’appliquent si difficilement pour les jardins en Italie à la Renaissance, et en quoi la survivance de la mythologie dans le répertoire iconographique et sur le plan imaginaire, animant le paysage de présences divines et  » peuplant l’univers d’élégants fantômes  » comme le dira Chateaubriand, vient troubler – en posant à l’historien l’épineuse question de la tentation humaniste du syncrétisme – l’éventuelle valeur religieuse du jardin, qui, toutefois, s’appréhende d’autant mieux que l’on tient compte de ce paradigme culturel fondamental du paysage issu des premiers siècles du christianisme qu’est le désert, postérieurement assimilé à la montagne et à la forêt.

Texte intégralement accessible en version PDF (260.7 Kb) sur HAL-SHS.

Le principe de floraison : Manières végétales de faire des mondes

Emission de radio « Un autre jour est possible » par Tewfik Hakem,

13 juin 2012, 6h-6h30

Thierry Marin «Le Principe de Floraison : Manières végétales de faire des mondes» (editions Max Milo, 2012)

« Le christianisme a mené une guerre contre le paganisme et ses manières végétales de faire des mondes, qui ont été reléguées dans l’indifférence ou la simple ornementation. Refoulées, elles n’ont cessé pourtant de rejaillir : en philosophie, mais aussi dans l’architecture ou la littérature. La description de la cathédrale gothique, de l’arabesque musulmane ou du roman proustien, par exemple, ouvrent un nouveau champ pour l’esthétique, comprise comme l’ensemble des expériences faites sur un monde commun pour créer des mondes nouveaux. Un principe de floraison dégagé au ras des herbes et de la poussée des plantes remplace alors le principe de raison sacrificielle juché au surplomb du monde, qui nous rend incapables d’entendre les forces imperceptibles de la croissance végétale. Comme un premier pas sur le chemin d’une nouvelle philosophie de la Nature… » (4ème de couverture)

Emission à réécouter sur le site.

Les fleurs de la dévotion

Ouvrage (en anglais) de Biba Vilayleck & Baj Strobel paru aux Editions Pha Tad Ke, Luang Prabang, 2011

Abondamment illustré, cet ouvrage est le fruit d’une enquête menée durant près de trois ans par les deux auteurs, respectivement ethnobotaniste et historienne de l’art. Harmonieusement composé par leur ami graphiste, Olivier Leduc Stein, ce livre, imprimé au Laos, est l’une des premières publications du programme initié à Luang Prabang par Rik Gadella, directeur du Jardin botanique Pha Tad Ké.

Comme son titre l’indique, le propos général de l’ouvrage concerne l’imbrication subtile mais essentielle de l’univers végétal, sous toutes ses composantes, dans la vie religieuse et quotidienne des populations bouddhistes du Laos. Support de sacralité, la flore, qu’elle soit modeste comme la simple laitue d’eau ou majestueuse comme l’imposant ficus religiosa, agit comme médiatrice pour signifier, par ses formes et symboles autant que son parfum et sa couleur, les liens qui relient les humains, à la fois entre eux par le biais des rites, mais aussi à ce qui les dépasse et qui constitue le domaine spirituel.

Au Laos, la création artistique a été fortement influencée par les motifs végétaux et s’est en particulier évertuée, selon une tradition indienne avérée, à toujours accompagner l’image du Bouddha pour la magnifier et l’honorer.

C’est dans les temples-monastères du centre-ville de Vientiane que se concentre la majorité des analyses et témoignages rapportés dans l’ouvrage. Mais les auteurs se sont aussi attachés à montrer comment le végétal, au­-delà de l’espace sacré, ponctue le parcours des Laotiens tout au long de leur vie, à travers notamment différents rites de passage.

Ainsi, trois grandes parties constituent le corps du livre :

  • Les temples dans la ville : présentation des vat de Vientiane, organisation des espaces, des bâtiments, etc.
  • La place des plantes dans la vie religieuse et sociale : analyse d’une extension du domaine du sacré et des cérémonies religieuses vers l’espace domestique.
  • L’art et le décor  : les relations entre le végétal et ses représentations, le passage des formes naturelles aux projections artistiques.

Enfin, un appareil scientifique rassemble une phytonimie vernaculaire, un index des noms scientifiques, un glossaire, ainsi qu’une bibliographie.

L’ouvrage est en vente à la librairie « Monument Books » de Vientiane.

[Info Ambassade de France au Laos]