ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour plante psychotrope

L’ingestion d’ayahuasca parmi les populations indigènes et métisses de l’actuel Pérou. Une définition du chamanisme amazonien

Article de Sébastien Baud paru sur « ethnographiques.org », Les nouveaux mouvements religieux, 2008

Connue au Pérou sous le nom d’ayahuasca, Banisteriopsis caapi est une liane qui, bue en décoction, est émétique et laxative. Associée à d’autres plantes, elle est un inhibiteur de monoamine oxydase (IMAO), c’est-à-dire qu’elle favorise le passage hémato-encéphalique du DMT et autres alcaloïdes hallucinogènes présents dans ces dernières. Voilà ce qu’en disent les pharmacologues. Banisteriopsis caapi jouerait donc un rôle secondaire lors de l’ivresse hallucinogène induite par l’absorption du breuvage parmi les populations amérindiennes et métisses de l’Ouest amazonien. Pourquoi alors le breuvage est-il communément appelé du nom de cette liane ? La réponse nous vient du discours indigène. Celui-ci affirme en effet que l’ayahuasca est ingérée avant tout pour ses propriétés purgatives : elle est una planta maestra, une plante qui enseigne. Purgative et fortifiante, elle est de fait médiatrice entre l’homme et le monde-autre. Autrement dit, elle aide à l’introduction dans le corps de l’apprenti chaman d’un principe spirituel, à l’origine des visions.

Article en ligne sur le site de la revue et en version PDF (300.74 Ko) sur Hal-Shs.

Au Kenya, des kilowatts pour produire des tonnes de khat

Article de Matteo Maillard paru dans Le Monde, 08.11.2016

« C’est une petite plante semblable au thé dont on mastique inlassablement les feuilles pour atteindre un léger état d’euphorie. A cause de son principe actif, la cathinone, dont la structure chimique est proche des amphétamines, le khat est considéré au Canada, aux Etats-Unis et dans la majorité des pays européens comme une drogue et donc interdite à la vente. Mais au Kenya, la culture et le commerce du miraa sont légaux. Ils font même l’objet d’une production florissante dans la belle région d’Embu, au pied du mont Kenya.

Gabriel, 31 ans, plonge la main dans l’un des arbustes qui recouvrent son terrain de 2 acres (0,8 hectare) et, d’un geste vif, en cueille un rameau. Il est l’un des nouveaux producteurs de la région et espère faire fortune grâce à la plante. « J’ai acheté ce terrain il y a trois ans pour y produire le mowoka, la meilleure variété de khat, celle qui offre le plus de stimuli ! Ça réveille, ça tonifie, c’est mieux que boire de l’alcool. J’en consommais avant, puis j’ai arrêté parce que je suis infirmier dans un petit hôpital public. C’est quand même difficile de mâcher du khat et d’avoir un job stable. J’en produis à côté de mon travail parce que les Kényans adorent ça et que ça rapporte ! »

Tout le hameau a été raccordé, fin octobre, au réseau électrique national dans le cadre du Last Mile Connectivity Project, qui ambitionne d’électrifier tout le pays d’ici à 2020. Une aubaine pour Gabriel et le développement de sa production : « J’espère que l’électricité va me permettre de passer au stade de la petite industrie. Je voudrais créer une boisson énergisante… un KhatBull ! »…

Lire l’intégralité de l’article sur le site du journal.

L’histoire du chanvre au Maghreb

Article de Bellakhdar Jamal, L’histoire du chanvre au Maroc, Revue Hespéris-Tamuda, (Université Mohammed V de Rabat), Vol. XLVIII, (2013), pp. 107-141.

Le chanvre a été introduit au Maghreb, à partir du Moyen-Orient, à une époque lointaine qu’il est difficile aujourd’hui de déterminer avec exactitude, mais en tout cas antérieure au Xe siècle puisque nous trouvons déjà dans le Kitab surat al-ard d’Ibn Hawqal des mentions de sa culture dans les trois pays du Maghreb. Les premiers cultivars acclimatés appartenaient à la var. sativa car le chanvre fut au départ cultivé au Maghreb et en Andalousie à des fins alimentaires (chènevis) et techniques (textiles et papier). Cette variété a cependant pu être exploitée également pour ses propriétés inébriantes comme nous en trouvons un premier indice pour la Kabylie dès le Xe siècle. Peu courante au début, cette pratique toxicomaniaque se répandra par la suite lorsque les premières confréries soufi maghrébines, inspirées par le mysticisme musulman d’Orient, commenceront à occuper une place de plus en plus importante dans le culte populaire. L’usage de la ḥašîša en pratique mystique, apparu timidement au Maghreb au cours du XIIIe siècle, s’installe définitivement dans le paysage culturel à partir du XVIe siècle, changeant petit à petit de statut et de but, la finalité devenant de moins en moins la quête de Dieu et de plus en plus la recherche du plaisir. C’est vraisemblablement durant cette période que la var. indica, plus performante du point de vue de ses effets psychotropes, fut introduite d’Egypte. Il apparaît certain que le Nord de la Tunisie et la Kabylie voisine furent les premières terres d’implantation au Maghreb de la nouvelle variété, terres qui deviendront au XVe siècle la plus importante zone de cannabiculture, d’où celle-ci s’élancera ensuite à la conquête de tout le sous-continent jusqu’en ses parties sahariennes. Et ce n’est probablement qu’au XVIIIe siècle que le Rif fut gagné à la var. indica qui y prospéra alors en raison de facteurs historiques, écologiques, politiques et socio-économiques, pour finir, dès la deuxième moitié du XIXe siècle, par détrôner la Kabylie et le Constantinois dans le rang de première région maghrébine productrice de chanvre à résine. 
En même temps que cette culture enregistrait des progrès, l’usage du cannabis comme stupéfiant se répandait de manière exponentielle dans la population, devenant vite préoccupant et contraignant les beys d’Algérie et les sultans du Maroc à mettre en place des mesures de prohibition, de restriction ou de contrôle. Ces premières tentatives de régulation et d’encadrement de la culture et de la consommation du cannabis ne seront pas poursuivies durant la période d’occupation coloniale, les autorités françaises et espagnoles ayant adopté, par rapport à cette question, une attitude libérale, politicienne et utilitariste, faisant passer leurs objectifs stratégiques et économiques avant l’intérêt des populations locales. 
C’est ce passé qui surgit dans l’actualité du Maroc moderne, à chaque fois que la question du cannabis est abordée. Les difficultés que ce pays rencontre aujourd’hui dans la gestion de sa politique antinarcotique découlent certes, en priorité, des inégalités qui subsistent encore dans le développement territorial plus d’un demi-siècle après l’indépendance, mais ces difficultés trouvent aussi une part d’explication dans l’héritage de l’histoire.

Tiré à part numérique sur demande adressée à l’auteur.

[Info Telabotanica]

A l’ombre du Bois Sacré, la fièvre de l’ayahuasca en forêt amazonienne

Emission « Tout un monde« , radio France Culture, 5.11.2013

Analyse du marché du « tourisme de soi » en Amazonie, de la médecine « chamanique » et de ses motivations… Par un anthropologue observateur, quoique peu participant, puisqu’il refuse d’expérimenter le « produit », une liane hallucinogène présente dans les forêts équatoriales du Pérou et du Gabon. Une enquête qui s’inscrit dans les travaux de Jean-Loup Amselle autour des « primitivismes contemporains ».

A ré-écouter sur le site de l’émission.

Rare et curieux discours de la plante appellée mandragore

suite du titre « de ses espèces, vertus et usage : et particulièrement de celle qui produict une racine representant de figure le corps d’un homme… », de Laurent Catelan, 1638, 62 p.

Ouvrage intégralement accessible en mode image seul et en téléchargement sur Gallica.

Enluminure :  Mandragore – Medicina magica – Tacuinum sanitatis in medicina, Codex Vindobonensis Series nova 2644 der Österreichischen Nationalbibliothek fol 40 recto – Vienne

Illustrations de Histoire des drogues, espiceries et de certains médicamens simples qui naissent es Indes tant Orientales que Occidentales

Ouvrage de Antoine Colin et Christophe Acosta, ed. Jean Pillehotte (Lyon)

1602, 132 gravures

Illustrations (uniquement…) intégralement accessibles en JPEG sur Gallica, bibliothèque numérique de la BnF.



De l’usage des plantes

N° thématique de la revue de la Société des Etudes Euro-Asiatiques, collection Eurasie, n°19, janvier 2009, 256 p., ed. L’Harmattan

Numéro consacrée à des études sur les diverses traditions culturelles des peuples du continent euro-asiatique et à leurs mutuelles relations. Ethnologues, médecins, pharmaciens, mythologues unissent ici leurs compétences pour présenter quelques-uns des usages que les cultures de l’Eurasie ont pu faire de l’univers végétal. Drogues et poisons. Parfums et condiments. Ornements. Usages directs, mêlés de pratiques symboliques, dans les drogues anciennes et modernes, la pharmacopée chinoise, la chique de bétel en Asie du Sud-est, la cuisine d’Anatolie. Usages rigoureusement ritualisés des offrandes végétales pour la maternité en Iran, pour les cérémonies du deuil en Grèce. Usage cosmologique dans les runes de l’Europe du nord… Il n’est pas de domaine essentiel où les plantes ne se trouvent impliquées, jusqu’à l’imaginaire fantastique où pousse, aux confins de l’océan Indien, l’introuvable arbre Waqwaq dont les fruits sont des femmes éphémères.

Sommaire

INTRODUCTION par Yvonne de SIKE

– Catherine BOUSQUET et Pierre FAUCHIER : « Plantes, drogues et cerveau »

– Jules MICHELET : « Document : Sorcières et Consolantes »

– Christian MALET : « La part des plantes médicinales dans le Bencao de Shennong, premier traité de matière médicale chinoise »

– Elisabeth POUJOULAT: « Document : Le ginseng, racine divine. Légendes et recettes »

– Solange THIERRY: « La chique de bétel en Asie du Sud-Est »

– Jean VERTEMONT: « Les plantes dans les runes »

– Teresa BATTESTI: « Offrandes végétales et maternité à Mashad (Iran) »

– Yvonne de SIKE: « Blé d’amertume et fruits de consolation »

Appendices :

– La pomme-grenade, le fruit de l’amour et de l’oubli

– L’amande et l’amandier à travers mythes, symboles et croyances

– Du persil odorant pour un havre de fraîcheur dans l’au-delà

– Michèle NICOLAS: « Saveurs et senteurs d’Anatolie »

– Claudine BRELET et Rozenn FOURGEAUD: « Le lierre… Un symbole de l’Eurasie ? »

– Jean-Louis BACQUE-GRAMMONT: « Le mythe de l’arbre dont les fruits sont des femmes »

– LUCIEN: Document : « Histoire véritable »

– Yvonne de SIKE: « Bibliographie élective dans les ressources d’Internet »

– Bernard DUPAIGNE : « Solange Thierry (1921-2009) »

En commande sur le site de l’Harmattan (23,50€).

Extraits disponibles sur Google Books.