ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour Indonésie

Travaux forcés, exploitation d’enfants… Des abus dans la production d’huile de palme

Article, Le Monde, 30.11.2016

Dans un rapport, Amnesty International dénonce les conditions de travail dans des plantations en Indonésie et souligne l’apathie des multinationales.

Des multinationales commercialisent des produits alimentaires et cosmétiques contenant de l’huile de palme dont la production est entachée de multiples infractions, affirme Amnesty International dans un rapport publié mercredi 30 novembre. L’ONG s’appuie sur des investigations effectuées dans des plantations en Indonésie, appartenant au géant singapourien des matières premières agricoles Wilmar.

Parmi les abus constatés, des enfants âgés de 8 à 14 ans transportent des sacs pesant de 12 à 25 kilos et travaillent sans équipements de protection dans des exploitations où des pesticides toxiques sont utilisés, dénonce l’ONG. Certains quittent l’école pour toute ou partie de la journée pour venir en aide à leurs parents. En outre, des femmes sont contraintes de travailler pendant de longues heures sous la menace de réduction de salaire, et sont payées moins que le salaire minimum, gagnant seulement 2,50 dollars (2,30 euros) par jour dans les cas extrêmes… »

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L’huile de palme rallume la mèche de la déforestation en Indonésie

Article de Maria Laforcade paru ans Le Monde, 16. 07. 2015

« L’île indonésienne de Sumatra est de nouveau dans le brouillard. Comme chaque année à la saison sèche, des nuages de fumée se sont formés au-dessus de la province de Riau. En cause, la série d’incendies qui s’y est déclenchée depuis mai et qui touche particulièrement le parc national de Tesso Nilo, si l’on en croit les images satellites, mises en ligne par le think tank américain World Resources Institute (WRI) le 9 juillet.

Sauf que ces incendies n’ont rien à voir avec les fortes chaleurs enregistrées à la saison sèche dans la région. Ils sont en grande majorité d’origine criminelle. Alternatives moins coûteuses que le défrichement mécanique, les brûlis permettent de débroussailler la forêt pour y planter d’autres cultures. Le marché le plus florissant sur l’île indonésienne de Sumatra, c’est celui de l’huile de palme, dont l’archipel asiatique est le premier producteur au monde. Cette huile, tirée de la pulpe du fruit du palmier, a particulièrement mauvaise réputation en Europe depuis quelques années. Dangereuse pour la santé à cause de sa forte teneur en acides gras saturés, connus pour affaiblir l’appareil cardio-vasculaire, elle est aussi dénoncée pour son impact environnemental… »

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Gros plan sur… La thèse de Stéphanie Barral, sur le nouvel esprit du capitalisme agraire : les formes de l’autonomie ouvrière dans les plantations de palmier à huile en Indonésie

Chaque mois, le carnet du RT12 braque le projecteur sur un travail de recherche en cours, thèse de doctorat ou projet. Cette fois-ci ils se sont intéressés au travail de Stéphanie Barral, qui en octobre 2012 a soutenu sa thèse, réalisée au Centre Maurice Halbwachs à l’EHESS sous la direction de Serge Paugam, avec le soutien financier, scientifique et logistique du CIRAD.

Ouvrier récoltant un régime de palmier à huile

Votre thèse s’intitule : “Le nouvel esprit du capitalisme agraire : les formes de l’autonomie ouvrière dans les plantations de palmier à huile en Indonésie”. Comment en êtes vous venue à travailler sur ce sujet ?

Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur agronome à Montpellier SupAgro, j’ai souhaité compléter ma connaissance de l’agriculture par celle des sciences humaines. J’ai alors eu la chance de bénéficier d’une allocation fléchée du CIRAD qui ciblait l’étude du changement social en lien avec le développement des plantations de palmier à huile en Indonésie.

Lors de la première année de thèse, et au fil des lectures, je me suis rendue compte que les travaux de sociologie rurale étaient majoritairement orientés vers la paysannerie, et ceux de sociologie du travail vers les secteurs secondaires et tertiaires. C’est pourquoi j’ai alors choisi comme objet de recherche le salariat des grandes plantations privées, en croisant les angles morts des deux disciplines.

L’étude des plantations présente aussi des intérêts au regard des enjeux et problèmes contemporains. Avec la mondialisation, l’expansion massive d’une agriculture de firme hautement capitalistique sur l’ensemble de la planète est à l’œuvre, et les surfaces plantées en palmier à huile participent de ce mouvement : en Indonésie elles ont été multipliées par un facteur 10 depuis les années 1970, faisant du pays le premier producteur et exportateur mondial.

De ce fait, la production de palmier à huile est depuis le début du siècle la cible d’une critique environnementaliste prononcée dans les arènes internationales. En comparaison des arguments écologiques, les recherches sur les aspects sociaux de cette production à grande échelle font défaut : la dernière recherche sur les ouvriers de plantation indonésiens, d’Ann Stoler, remonte à 1985. Ainsi, ma recherche de doctorat propose des éléments de réflexion sur les aspects sociaux de cette controverse.

Quels cadres théoriques avez-vous mobilisé pour aborder ces questions ? Avec quels résultats ?

Mon travail est fondé sur une approche compréhensive wébérienne. Je me suis intéressée aux expériences vécues des ouvriers agricoles et de leurs familles, à leurs trajectoires de vie, que j’interprète au regard de l’histoire sociale des plantations indonésiennes pour en déterminer les ruptures et les continuités.

C’est via la notion d’ « état du capitalisme » que je parviens à faire le lien entre les trajectoires des ouvriers et leur environnement social. Mon cadre d’analyse est ainsi fondé sur les travaux de Luc Boltanski et Eve Chiapello qui caractérisent un état du capitalisme par une combinaison spécifique d’autonomie, de sécurité et de bien commun. La définition de l’autonomie et de la sécurité des ouvriers de plantation constitue le cœur de ma thèse. J’interroge ces deux composantes de la vie ouvrière selon trois rapports : 1) le rapport à l’Etat en tant que fournisseur de protections sociales ; 2) le rapport au travail en considérant que de l’engagement dans le salariat découle un certain niveau de protections et de dépendance / d’autonomie, et ce d’autant plus qu’en Indonésie, le droit du travail légitime l’organisation de tutelles paternalistes pour les salariés (fourniture d’un logement, de soins médicaux, d’accès au système scolaire) ; 3) le rapport aux solidarités primaires, dans le sens où des régimes, publics et privés, de protections sociales peuvent se révéler insuffisants.

Jusqu’en 1979, les familles ouvrières avaient interdiction de compléter leur salaire par d’autres activités économiques. Un démantèlement du régime des retraites, survenu cette année-là, a entrainé un changement majeur dans les politiques d’encadrement et dans les trajectoires ouvrières. Dès lors, les horaires de travail ont été aménagés et la liberté d’entreprendre accordée afin de donner aux familles ouvrières les moyens d’épargner et d’investir pour combler les lacunes du système social. Je montre dans ma thèse que ce changement d’état du capitalisme a entraîné l’apparition de deux nouvelles formes d’autonomie : l’« autonomie contrôlée » de certains ouvriers, qui n’arrivent pas à se constituer un capital suffisant à l’arrivée de la retraite, et l’« autonomie conquise » d’autres ouvriers qui connaissent un enrichissement par l’accession à la propriété foncière.

Comment enquêtez-vous sur ce terrain ? Quelles données mobilisez-vous ?

Pour ce travail, j’ai passé plus d’une année en Indonésie et l’approche du terrain s’est faite en deux étapes. Je souhaitais enquêter au plus proche du quotidien des familles ouvrières des plantations, en habitant avec elles. Après des négociations un peu difficiles avec les dirigeants des plantations, j’ai obtenu des autorisations pour aller enquêter dans une première plantation dans la province de Sumatra Nord, où je suis restée cinq mois. Trois sessions d’observation participante chez des familles ouvrières m’ont permis de réaliser une étude exhaustive de cette plantation. Ensuite, à cette démarche d’immersion totale plutôt éprouvante, j’ai préféré mener des enquêtes dans des plantations sans partager la vie quotidienne avec les familles. C’est ainsi que j’ai organisé les études des cinq plantations supplémentaires, qui m’ont permis de vérifier les résultats du premier cas étudié et de monter en généralité dans l’interprétation des données.

Les données récoltées sont principalement issues d’entretiens avec des ouvriers ou des membres de leurs familles. Lors des échanges, je retraçais l’histoire des familles, je m’intéressais à leurs budgets mensuels, à leurs pratiques d’épargne et d’investissement, à leurs représentations du travail et des compagnies de plantation, à leurs projets d’avenir et leurs stratégies pour y parvenir. Je complétais aussi ces informations avec des entretiens de contremaîtres, de managers, de dirigeants, et de personnes ressources extérieures aux plantations telles que des chefs de villages alentours.

[Reproduction intégrale de l’article du Carnet du RT12 de l’Association Française de Sociologie]

Un contraceptif masculin extrait d’une plante

Un chercheur indonésien s’est inspiré de la pharmacopée traditionnelle de plusieurs ethnies papoues pour mettre au point une pilule pour hommes.

Déjà à l’adolescence, Bambang Parjogo Eko Wardojo rêvait d’inventer un moyen d’endiguer l’explosion démographique mondiale. Sa détermination a porté ses fruits. A 54 ans, ce professeur de pharmacologie et de phytochimie de la faculté de pharmacie de l’université Airlangga, à Surabaya, est désormais l’inventeur légal de la pilule contraceptive à base de gendarusse (Justicia gendarussa). Sept ans après en avoir déposé le brevet. C’est pour lui l’aboutissement de toute une vie.
Le gendarusse est une plante qui pousse en buisson dans les plaines de basse altitude. Elle peut atteindre deux mètres de haut. Sa tige est noire ou verte et ses feuilles d’un mauve brillant, tirant sur le marron. En Indonésie, elle est couramment utilisée, de manière empirique, dans les campagnes pour soigner les migraines, les rhumatismes et les douleurs. Et aux Philippines le jus de ses feuilles est administré pour combattre la toux et l’asthme. Mais elle a d’autres vertus.


Bloquer le spermatozoïde
Le principe actif du gendarusse, la gendarusine, possède en effet la particularité d’inhiber la hyaluronidase, une enzyme sécrétée par les spermatozoïdes. Cette enzyme intervient à un moment très précis : lorsque le spermatozoïde entre en contact avec l’ovule. Cette substance produite par le gamète a pour fonction de dissoudre la paroi de l’ovule. “Si l’activité de cette enzyme est inhibée, le spermatozoïde ne peut pas pénétrer dans l’ovule”, explique Bambang. En neutralisant l’activité de la hyaluronidase, le gendarusse fait donc office de contraceptif masculin.
La pilule contraceptive en question, dont la production a été confiée au groupe pharmaceutique indonésien Indofarma, a été lancée le 14 décembre 2010 par l’Office de coordination nationale du planning familial. Mais on ne peut pas encore la trouver en pharmacie. Avant de la lancer sur le marché, Indofarma doit procéder à des tests cliniques sur 350 hommes volontaires. Le gendarusse n’a pas été la première source d’inspiration de Bambang. Au début des années 1980, au cours de son premier cycle d’études de pharmacie, il a d’abord fait des recherches sur la margose (Momordica charantia, appelée aussi pomme de merveille ou melon amer). A cette époque, Bambang a réussi à prouver sur des animaux de laboratoire que la margose renfermait un principe actif qui réduisait temporairement la fertilité du sperme. Il a fait part du résultat de ses recherches au congrès national de pharmacologie en 1983, à Semarang. Et ce n’est finalement que quatre ans plus tard qu’il a commencé à s’intéresser au gendarusse. “Ce sont des recherches en ethnobotanique menées à l’université de Gadjah Mada (Yogyakarta) qui m’ont inspiré. Elles concernaient les traditions entourant les mariages entre Papous où la dot apportée est de faible valeur”, raconte Bambang.
Des coutumes tribales
En fait, les traditions de plusieurs ethnies de Papouasie autorisent la célébration de mariages, même si la dot requise n’a pas été rassemblée. A une condition : le mari n’a pas le droit de mettre sa femme enceinte tant que la somme exigée n’est pas réunie. Dans l’intervalle, c’est l’homme, et non la femme, qui utilise un contraceptif. “Pour empêcher qu’il y ait fécondation, le mari mange des feuilles de gendarusse”, explique Bambang. Quand la dot est enfin rassemblée, l’époux reçoit alors le feu vert et cesse d’ingérer cette plante.
Bambang avoue n’être jamais allé en Papouasie, mais il a étudié les traditions de plusieurs communautés tribales indonésiennes. Elles connaissent les vertus des plantes qui poussent dans leur environnement bien qu’elles ignorent leur composition chimique. Selon Bambang, cette science empirique doit être une source d’inspiration pour les chercheurs.
Bambang s’est donné pour mission de transformer les savoirs traditionnels en savoirs modernes. De fait, sa pilule contraceptive l’a conduit dans plusieurs congrès internationaux, notamment en Suisse, à Lausanne, où il a défendu le droit à des moyens contraceptifs alternatifs, à partir de plantes tropicales, et destinés aux hommes.

[Article de Courrier International, 17/03/2011]

Protection des forêts tropicales et de leur biodiversité contre la dégradation et la déforestation

Rapport public de Jacques Le Guen, octobre 2010, 104 p.

Par lettre du 9 février 2010, le Président de la République a chargé Jacques Le Guen d’une mission sur la « Protection des forêts tropicales et leur biodiversité ». Cette mission a conduit à l’audition de plus de 280 spécialistes dans les trois grands bassins forestiers concernés et dans les instances nationales et internationales. Le rapport constate que le taux de déforestation a reculé légèrement pour partie en conséquence du ralentissement de l’économie mondiale mais actuellement cette déforestation se poursuit à hauteur encore de 13 millions d’hectares par an. Le rapport plaide pour une politique internationale de reforestation menée avec la participation et au bénéfice des populations locales. Il propose de transformer le « département forêt » de la FAO en un Observatoire mondial de la forêt chargé à la fois de la certification de la gestion forestière et du contrôle du taux de boisement à l’aide d’un système international de télédétection par satellites. Pour convaincre les pays forestiers de passer d’une politique d’exploitation à une politique de préservation, il propose l’intervention de l’aide internationale et la création d’un Fonds mondial de reboisement et d’adaptation au changement climatique (FRAC).

Lettre accessible en version PDF (2183 Ko) sur le site de la Documentation Française.

Medicinal, Aromatic and Cosmetic (MAC) plants for community health and bio-cultural diversity conservation in Bali (Indonesia)

Thèse (en anglais) de Liesbeth Nathalie Leurs, Université de Leiden (National Herbarium of the Netherlands), 13/01/2010, L.J. Slikkerveer (Dir.), 364 p.

The general aim of this ethno-botanical study is to document, describe and analyse the Balinese community members’ knowledge, belief and practices with regard to medicinal, aromatic and cosmetic (MAC) plants in relation to community health and bio-cultural diversity conservation of MAC plants. This study has been conducted in four sample villages in the central-south-eastern part of Bali, Indonesia. The Ethnosystems Approach used in this study places the emic point of view central in studying the human-plant relations in Bali and focuses on the Knowledge-Belief-Practice complex of the health and healing practices. This study acknowledges the ‘inextricable link’ between nature, society, language and culture, conceptualised in the term bio-cultural diversity, expressing the relationship between biological and cultural diversity. The data collection and analyses using complementary qualitative and quantitative research techniques focuses on the community members’ reported use of fresh MAC plants as home remedies in the wider context of the Balinese pluralistic medical configuration. In addition, it seeks to explain whether their behaviour exhibits a sustainable character towards both the conservation of the diversity of MAC plants in terms of genes, species and ecosystems and to the conservation of the local knowledge, beliefs and practical applications of the MAC plants.

Thèse en accès intégral en version PDF sur le site de l’Université de Leiden.