ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour ethnologie

Anthropologie. La mondialisation et le champignon

Article de Antoine Reverchon, Le Monde, 09.09.2017

« Le Champignon de la fin du monde. Sur les possibilités de vivre dans les ruines du capitalisme » (The Mushroom at the End of the World. On the Possibility of Life in Capitalist Ruins), d’Anna Lowenhaupt Tsing, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Pignarre, La Découverte, « Les Empêcheurs de penser en rond », 416 p., 23,50 €.

C’est l’histoire d’un champignon, appelé matsutake, dont raffolent les riches Japonais depuis des siècles, à tel point qu’il servait de cadeau précieux pour honorer alliances, mariages et amitiés. Mais l’exploitation industrielle des forêts japonaises, de la fin du XIXe siècle à 1945, conduisit à sa disparition totale à partir des années 1950. Or, cette même exploitation industrielle, dans un contexte écologique différent, l’a au contraire fait pousser en masse à l’autre bout du Pacifique, dans les forêts de l’Oregon, dès les années 1970. Une foule hétéroclite de cueilleurs s’est alors ruée sur cette manne : des hippies ou vétérans de la guerre du Vietnam fuyant les foules urbaines, des Latinos clandestins se cachant de la police, des montagnards des minorités ethniques d’Asie du Sud-Est (recrutés par l’armée américaine lors de sa croisade anticommuniste, aujourd’hui réfugiés politiques) cherchant mieux que les salaires de misère proposés dans les grandes villes. Via une cascade d’intermédiaires – acheteurs, trieurs, grossistes, revendeurs –, un trafic alimente désormais quotidiennement par avion boutiques et restaurants de luxe des mégapoles japonaises.

C’est cette histoire extraordinaire qu’Anna Tsing, anthropologue à l’université de Californie à Santa Cruz, raconte avec talent dans son ouvrage, où se mêlent étroitement l’étude ethnologique de ces communautés humaines précaires et l’étude écologique des équilibres instables entre espèces. Ces relations entre humains et non-humains, que l’auteur appelle des « agencements »…

Description de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

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De la friche urbaine à la biodiversité. Ethnologie d’une reconquête : La petite ceinture de Paris

Thèse de Julie Scapino, Architecture, aménagement de l’espace. Museum national d’histoire naturelle – MNHN Paris, 2016, 525 p.

L’attention pour la biodiversité se porte aujourd’hui sur les villes : il faut désormais prendre soin des espèces et des écosystèmes jusqu’au cœur des milieux les plus artificiels. Or, accueillir une nature sauvage bouleverse les critères d’ordre et de propreté des espaces urbains, et modifie les cultures professionnelles de leurs concepteurs et gestionnaires. Fin 2011, la Ville de Paris s’est dotée d’un Plan biodiversité. Fondé sur les savoirs de l’écologie scientifique, il doit permettre de renforcer la présence du vivant dans la capitale et affiche la volonté de changer le regard sur le sauvage en ville. Cette politique est confrontée à l’ethnographie d’une vaste friche urbaine, enjeu territorial pour la biodiversité parisienne : la petite ceinture. Construite au XIXe siècle autour de Paris, cette voie ferrée, en grande partie inutilisée, a été colonisée par la flore et la faune. Officiellement interdite au public, elle est pourtant intensément fréquentée par de nombreux habitants. Les rapports au lieu et à la nature qu’il abrite ont été étudiés chez les usagers informels des rails. L’absence de fonction officielle et une surveillance lâche permettent l’existence d’une vie sociale diversifiée, transgressive et inventive. Si la nature n’est pas centrale dans les relations à la friche, elle est une composante de l’identité du lieu. Le développement libre du végétal est valorisé pour sa rareté dans un monde urbain ultra-contrôlé, alors que son intérêt écologique est peu évoqué. En parallèle, la petite ceinture s’institutionnalise au titre de la nature. D’une part, une gestion différenciée est appliquée depuis 2006 par des équipes dont l’action participe d’une mise en ordre de l’espace. D’autre part, la Mairie de Paris aménage certains points du linéaire en jardins associatifs ou publics. L’étude du cas d’une promenade dans le XVe arrondissement révèle une véritable attention portée à la biodiversité. Mais la reconquête du délaissé va aussi de pair avec des modalités nouvelles de maîtrise du vivant et une normalisation du lieu et de sa pratique sociale. Herbes folles et pratiques informelles émergent là où le contrôle se desserre. Si les mauvaises herbes ont été réhabilitées, peut-être est-il possible de changer notre regard sur la fertilité sociale de la friche.

Thèse intégralement accessible en version PDF (23.92 Mo) sur Tel.

Des arbres au coeur d’une émotion. La fabrique d’un consensus patrimonial : le parc de Versailles après la tempête

Ouvrage de Véronique Dassié, Les carnets du Lahic, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, département pilotage de la recherche et de la politique scientifique, 2014, n°9, 223 p.

En 1999, une tempête dévaste le territoire français. Rapidement, l’attention se cristallise sur le parc du château de Versailles où de nombreux arbres multi-centenaires ont été abattus par les vents. L’enquête ethnographique menée sur cette émotion patrimoniale révèle toutes les contradictions du rapport à la nature chez nos contemporains et analyse les rouages du consensus patrimonial auquel il a donné forme. Ce carnet analyse les conditions qui ont permis la mobilisation d’une communauté d’action aussi éphémère qu’atomisée autour d’une émotion aux multiples facettes. L’histoire du parc, elle-même constitutive de la notion de patrimoine collectif, révèle l’importance de la nature pour faire culture commune.

Ouvrage intégralement accessible en version PDF (3.5 Mo) sur Hal-Amu.

Redécouvrir le tilleul des Baronnies provençales

Le Parc naturel régional des Baronnies provençales, en partenariat avec le Conservatoire Botanique National Alpin de Gap-Charance, a lancé, depuis deux ans, une série d’actions visant à mieux connaître le tilleul des Baronnies provençales, ses caractéristiques botaniques et génétiques, mais aussi ses paysages et son histoire.

Dans le cadre de ce programme, grâce au soutien de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes et de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Parc se propose de mener une enquête ethnologique portant sur le tilleul.

Date de lancement de la consultation : 28 octobre 2016
Date de réception de validité des offres : 2 décembre 2016 à 12 heures

Si vous souhaitez consulter le règlement de consultation, il est ici.

Collecter et documenter la « nature ». Quels enjeux pour les musées de sociétés ?

Séminaire « La collecte ethnographique dans les musées de société », MUCEM, Marseille, 20 mai 2016

Programme

9h00 Introduction : Cyril Isnart (IDEMEC, CNRS/Aix-Marseille Université) et Florent Molle (Conservateur, MuCEM)

  • 9h15-10h00 : Julien Bondaz (Université Lumière Lyon 2) « Des témoins desséchés, comme les plantes d’un herbier ». Les pratiques d’herborisation des premiers ethnologues professionnels. (1925-1943)

Discutant : Bruno Vila

  • 10h00-10h45 : Bruno Vila (Aix-Marseille Université, Chargé de mission « Patrimoine scientifique ») La collection du Musée colonial de Marseille. De la collecte à la production de savoirs

Discutante : Carole Brousse

  • 11h15-12h00 : Carole Brousse (IDEMEC, CNRS/Aix-Marseille Université) Objet-plante et objet en plante. Collecter et questionner l’item à caractère végétal

Discutant : Julien Bondaz

  • 12h00-12h30 Débat collectif

Entrée sur inscription à i2mp@mucem.org

Dire avec des fleurs ; manières de jardins et modèles de cultures

Article de Martine Bergues, paru dans « Le goût des belles chose. Ethnologie de la relation esthétique« , Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Ministère de la Culture, Ethnologie de la France n°19, 2004, pp. 67-81.

« Les manières de fleurir et les relations entretenues avec les plantations révèlent une représentation de soi et une offre de dialogue, témoignent d’un traitement de la nature qui, pour individuel qu’il soit, n’en relève pas moins de contextes historiques, culturels et socio-économiques précis. Bref, elles sont un biais pour être et dire autrement. L’esthétique des « jardins paysans » semble le reflet d’une culture agricole privilégiant le bricolage et l’échange, celles des « jardins fleuris » et « au naturel », désolidarisées de l’activité de leurs propriétaires, font délibérément appel à des modèles plus globaux, inscrits dans une histoire du fleurissement et de ses concours héritée du XIXe siècle… »

Lire l’intégralité de l’article sur OpenEdition Books.

 

 

Quand on fait parler les plantes

Appel à communication, XVe séminaire d’ethnobotanique de Salagon, Mane (France), 6-8 octobre 2016

Le 15ème séminaire d’ethnobotanique de Salagon souhaite s’attarder sur l’idée que les humains ne construisent pas ex-nihilo la parole des plantes. De l’arbre de la connaissance du bien et du mal au chêne « classé », du chapiteau-papyrus égyptien aux quatre dieux aztèques du maïs, de la magie antique « par les plantes » à la marguerite qu’on effeuille, du jardin d’amour au « langage des fleurs », du prunier d’Extrême-Orient au bouleau amérindien, de la couronne d’Olympie aux palmes académiques, la plante, chargée d’intercession avec les dieux et avec nos semblables, désormais investie de la fonction supplémentaire de représenter la nature chez les urbanisés, est une créature protéiforme de l’imaginaire des sociétés.

Lire le très long argumentaire ainsi que les modalités de participation sur Calenda.