ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour agriculture

L’amande, reine de Californie

Article de Elisa Bellanger, Marianne Boyer, Laurence Girard, Agathe Dahyot et Paul Pichot, Le Monde, 7.01.2018

« En l’espace de dix ans, la « Central Valley », principale zone agricole de Californie, a doublé la surface de ses vergers pour produire le fruit à coque. En apportant près de 80 % des volumes vendus sur la planète, elle écrase toute concurrence. Elle est parfois fourrée aux pommes. Ou au chocolat. Mais huit fois sur dix, la traditionnelle galette à la frangipane s’impose pour tirer les rois. Et pas uniquement lors de l’Épiphanie, célébrée dans les églises dimanche 7 janvier. Pendant tout le mois de janvier, une véritable fringale sucrée s’empare des Français, qui se ruent sur les galettes. Un jackpot pour les boulangers-pâtissiers prêts à faire leur beurre de cette douceur roborative. Mais aussi pour les vendeurs de poudre d’amande, l’ingrédient star de la recette de la frangipane. Avec les Rois, l’amande est reine… »

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La loi de la banane

Documentaire de Mathilde Damoisel, Arte, novembre 2017

Sur ce simple fruit s’est bâti un empire. Raconter l’épopée édifiante de la banane, entre l’Amérique centrale et les États-Unis, c’est revenir aux sources d’un modèle plus que jamais d’actualité – un capitalisme se jouant des frontières et des lois nationales pour assurer à ses actionnaires des profits maximaux, jusqu’à menacer la démocratie. Quand elle apparaît au tournant du XXe siècle sur le marché nord-américain, la banane, denrée rare et chère, est réservée à une élite aisée. Minor Cooper Keith, entrepreneur visionnaire et dur en affaires, va faire d’elle un produit de consommation populaire, sur lequel il édifiera la première multinationale au monde. Bâtisseur du chemin de fer costaricain, il promet au lendemain de la Première Guerre mondiale aux jeunes nations d’Amérique centrale un développement basé sur la monoculture et l’exportation de la banane, en échange de terres achetées à vil prix, souvent confisquées aux petits paysans indiens, de l’usage gratuit des lignes ferroviaires qu’il construit et d’une quasi-exemption d’impôts.
Née en 1899, l’United Fruit Company (UFC) constitue trente ans plus tard une puissance régionale incontestée, édictant ses propres lois sur d’immenses plantations qui s’étendent jusqu’en Colombie. « Le Poulpe », comme on la surnomme, fait venir de Jamaïque une main-d’œuvre corvéable à merci, pourchasse les syndicalistes et fait pression sur les gouvernements des républiques « bananières ». Quand, en 1933, quatre ans après la mort de Keith, un self-made-man né en Moldavie, Samuel Zemurray, alias « le tsar de la banane », reprend les rênes du mastodonte, il amplifie ces méthodes, notamment grâce aux services du père des « spin doctors » Edward Bernays. En 1954, avec l’appui du gouvernement Eisenhower, tous deux chasseront du pouvoir au Guatemala le social-démocrate Jacobo Árbenz Guzmán, coupable d’avoir nationalisé pour sa réforme agraire des milliers d’hectares de l’UFC. La guerre civile déclenchée alors fera plus de cent mille morts jusqu’en 1996…
Les multinationales d’aujourd’hui ont repris les pratiques inaugurées par l’UFC en Amérique latine : intégration verticale, poursuite du monopole, privatisation des ressources, évitement fiscal. La monoculture intensive d’un produit d’exportation, qui épuise les sols et empoisonne les travailleurs, reste elle aussi en vigueur dans une grande partie du monde. Grâce à un montage d’archives rares, le film retrace près d’un siècle de règne sans partage. Des spécialistes (Geoffrey Jones, historien des multinationales à la Harvard Business School, Gaël Giraud, économiste à l’Agence française pour le développement, et la philosophe Cécile Renouard, enseignante à l’Essec) commentent cette histoire édifiante et en partie oubliée, illustration éclairante des dérives du capitalisme.

A revoir en replay sur le site de la chaine.

Les jardins flottants du lac Inlé (Birmanie), ou la construction d’un paysage agricole et touristique original

Article de Martin Michalon paru dans la Revue en ligne Projets de Paysage, 21 septembre 2016

Le lac Inlé, dans les collines de l’Est birman, présente un paysage très caractéristique de jardins flottants, créés au cours du 20 ème siècle par l’ethnie locale intha. Ces derniers ont réussi à mettre en place un système agricole très intensif, fortement connecté au reste de la Birmanie et du monde. Dans le contexte de l’ouverture de la Birmanie au monde, ce paysage extrêmement spécifique est valorisé par les acteurs touristiques. Cependant, ces derniers ont tendance à occulter la dimension intensive, mondialisée, innovante de cette pratique agricole. Au contraire, leurs discours présentent les jardins flottants comme des symboles de la « tradition », de l’«authenticité » de la « Birmanie intemporelle».

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Article intégralement accessible en version PDF (1.6 Mo) sur Hal-Shs ou en ligne sur le site de la revue.

Quinoa, prenez-en de la graine

Documentaire de Clémentine Mazoyer, France 5, 22.10.2017

Depuis vingt ans, les consommateurs occidentaux découvrent les vertus nutritives du quinoa et la consommation de cette graine a littéralement explosé. Dans les grandes surfaces, aux cartes des restaurants, elle fait désormais partie du quotidien. Aujourd’hui, une partie est toujours produite dans la cordillère des Andes, à près de 4000 mètres d’altitude. Sa culture s’effectue dans la pure tradition andine, à la main et sans produit chimique, car c’est une plante ultra-résistante. Mais son succès a fait des envieux. Il y a dix ans, le Pérou s’est lancé dans la course. Les méthodes de production ont évolué.

Documentaire à revoir pendant une semaine ici.

Regard pluriel sur les plantes de l’héritage arabo-islamique en France médiévale

Article de Marie-Pierre Ruas, Perrine Mane, Carole Puig, Charlotte Hallavant, Bénédicte Pradat, Mohamed Ouerfelli, Jérôme Ros, Danièle Alexandre-Bidon,  Aline Durand paru dans Richarte Catherine, Gayraud Roland-Pierre et Poisson Jean-Michel (dir.). « Héritages arabo-islamiques dans l’Europe méditerranéenne », La Découverte, Paris, 2015, pp.347-376

Après la conquête musulmane d’une partie de l’ex-Empire romain occidental, plusieurs plantes d’origine africaine et orientale ont enrichi le patrimoine agroalimentaire des élites de l’Europe médiévale. A partir de travaux fondés sur une étude critique des données textuelles, bioarchéologiques, iconographiques et textuelles, il s’agit de réfléchir à la notion d’arrivée, de perception, d’introduction et d’intégration de ces plantes dans le patrimoine agraire, arboricultural et alimentaire de l’Occident médiéval. C’est ainsi que l’histoire de 21 plantes alimentaires de ce patrimoine agrovivrier est retracée sur la longue durée. 

Article intégralement accessible en version PDF (3.81 Mo) sur Hal-Shs.

La culture du riz dans le delta du Tonkin

Ouvrage de René Dumont, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Prince of Songkla University, Paris, 1995, 596 p.

C’est en Indochine, dans les rizières du Tonkin – le nord de l’actuel Vietnam – que le célèbre agronome a débuté sa carrière en 1929. Au terme de trois années de terrain, il a acquis une connaissance rare de la situation agricole régionale.
Dans une langue limpide. René Dumont nous fait découvrir avec profondeur et force l’une des civilisations du riz, aliment vital et élément culturel primordial au Vietnam et dans toute l’Asie du Sud-Est où « manger le riz » signifie « se nourrir ».
Rien n’y manque descriptions techniques, analyses agronomiques, observations économique s et sociologiques, réflexions politiques et sur le développement – confirmées par les faits – se conjuguent avec bonheur pour former un témoignage exceptionnel par sa densité et sa modernité. Cet ouvrage de référence n’avait jusqu’à présent jamais été réédité. Augmente d’autres écrits de l’auteur sur le Vietnam, il est illustré par des photographies anciennes et des cartes d’époque.
Pour la première fois, la bibliographie de René Dumont – près de mille dent cents litres publiés et inédits présentée ici comme un hommage à ce personnage hors du commun.

Ouvrage intégralement accessible sur OpenEdition Books.

Du court, du local ! Une sociologie du gouvernement de la filière fruits et légumes

Thèse de Pierre Naves, Sociologie. Université de Bordeaux, 2016, 420 p.

La filière des fruits et légumes frais est aujourd’hui confrontée à la mise en question des institutions gouvernant ses rapports institués de distribution. De plus en plus, une partie des acteurs intervenant dans le gouvernement de cette filière (collectivités territoriales, producteurs, distributeurs, organisations professionnelles) cherchent à promouvoir de nouvelles formes de distribution, caractérisées par la réduction des distances sociales et / ou relationnelles entre producteurs et consommateurs. La fin des années 2000 a notamment été marquée par la mise en œuvre d’une politique publique nationale destinée à développer les« circuits courts » de commercialisation des produits agricoles, caractérisés par l’absence ou la présence d’un seul intermédiaire entre producteurs et consommateurs. Ces circuits courts sont, en outre, souvent associés par les acteurs à des dynamiques de relocalisation des processus de distribution. Historiquement peu concernée par ces modes de distribution, dont les titulaires de son gouvernement ont au contraire cherché à l’affranchir en les marginalisant économiquement, la filière des fruits et légumes frais redécouvre aujourd’hui de nouvelles manières d’organiser ses marchés et de qualifier les produits. Doit-on pour autant conclure au triomphe des challengers du gouvernement de cette filière, parce qu’ils auraient réussi à institutionnaliser de nouveaux rapports institués de distribution ? Nous prétendons justement montrer, à partir d’une sociologie du gouvernement de la filière inspirée des travaux de la sociologie économique et de l’économie politique, que la réalité est plus complexe et ambigüe. En effet, si, à l’échelle locale, ces challengers parviennent à mieux contrôler les opérations de problématisation, d’instrumentation et de légitimation des enjeux associés à l’institutionnalisation de nouveaux modèles de distribution des fruits et légumes, aux échelles nationale et communautaire, le gouvernement de la filière demeure contrôlé par les acteurs les plus puissants : producteurs spécialisés, organisations de producteurs, enseignes de la grande distribution. Finalement, plutôt qu’à une relocalisation des circuits de distribution de la filière, on assiste en réalité à une évolution des dynamiques de qualification, marquée par la stabilisation du « local » comme une nouvelle institution marchande, dont l’usage stratégique permet aux titulaires du gouvernement de conserver la mainmise sur la définition des enjeux légitimes à traiter, en particulier ceux relatifs aux modèles de développement agricoles à soutenir et encourager.

Thèse intégralement accessible en version PDF (3.67 Mo) sur Tel.