ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour agriculture biologique

Dîtes-le avec des fleurs !

Edito de Denis Cheissoux, radio France Inter, 11.02.2017

« Dîtes-le avec des fleurs ! Et plutôt deux fois qu’une !.. à la St Valentin… mais sans doute pas avec n’importe lesquelles !… Voilà le message que nous susurre à l’oreille cette semaine, Reporterre, le magazine de l’écologie sur Internet.

Fleurs que nous Français – peuple autant sentimental que bucolique – importons gaillardement, essentiellement depuis le pays des tulipes et des moulins à vent, qui lui-même pratique une cueillette intensive dans les pays du Sud, depuis le Kenya notamment.

Séduisantes mais ces jolies fleurs ont un côté « peau de vache », et nous dissimulent quelques surprises passées sous silence par les producteurs. Ben oui, autant de beauté cache une gourmandise sans bornes en énergie, en eau et en produits chimiques. Une chimie pas toujours homologuée que des ouvriers payés au lance-pierres appliquent au mieux … en bermuda. Bah, le salarié kenyan résiste à tout !.. »

Edito à ré-écouter ici.

Écouter également le Billet économique, France Culture du 14.02.2017 ici.

Lire l’article de Reporterre sur les fleurs bio.

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Cultiver une terre nourrie par la pourriture des corps et celui de l’azote des explosifs

Reportage de Denis Cheissoux, émission « CO2 mon amour », radio France Inter, 09.11. 2014

Denis Cheissoux est allé à la rencontre de Noël Genteur, agriculteur bio installé à Craonne, sur le chemin des Dames. Comment vit-il cette terre, qui a été une terre de douleur ? Les coquelicots et les bleuets y poussent bien à cause d’un engrais particulier : la terre y est certes retournée, mais elle est surtout nourrie par la pourriture des corps et celui de l’azote des explosifs et du salpêtre. Noël Genteur travaille et vit dans le vallon de Bonneval, sur le chemin des Dames qui sépare la vallée de l’Aisne de celle de l’Ailette. Ici, ce sont les filles de Louis XV qui étaient les Dames qui empruntaient ce chemin pour se rendre au château de la Bove. Mais l’histoire a retenu l’existence de ce chemin des Dames pour le massacre des troupes françaises durant la Première Guerre mondiale. En avril 1917, il y a eu 96 000 Français qui ont été massacré en l’espace de 10 jours. Comment vivre aujourd’hui, cultiver avec cette histoire ?

Il faudra quatre à cinq générations pour revenir à un aspect visuel et agronomique à peu près normal. Le sol a été complètement perturbé. Au 19e siècle, sur cette terre il y avait des maraîchers et des vignerons. Les obus ont perturbé les horizons agricoles. Ils ont remélangé la roche mère en dessous avec les surfaces. C’est devenu une terre pleine de cailloux… Et c’est cela, au-delà même de toutes les traces physiques que la guerre a laissé – morceaux d’obus et autres cartouches que la terre ne veut pas digérer – qui pertube les agriculteurs aujourd’hui. « Il y a un endroit où on ne peut pas arracher les pommes de terres avec les machines tellement il y a de pierres » explique Noël Genteur. « C’est une conséquence de la guerre qui va durer encore des siècles parce qu’il n’y a plus personnes pour ramasser les pierres. »Cette histoire de la terre est aussi ce qui a amené Noël Genteur à l’agriculture bio : « Pour faire du bio maintenant, il faut avoir une certaine dose d’inconscience, ou un excès de passion pour la terre – et en même temps un certain désintérêt pour l’argent. » Il cite aussi son grand-père :  » « Celui qui plante une épine, il ne peut pas récolter de pommes ». À 80 ans, un paysan plante encore des arbres pour les générations à suivre. C’est ça, la vraie paysannerie. Eux, on leur a tout détruit. Et ils ont gardé cet espoir-là, cette force de la vie. C’est le contraire de leur société maintenant. Maintenant on veut avoir du profit avant d’avoir travaillé. »

Denis Richard, pharmacien au CHU de Poitiers, a écrit « Plantes de poilus » (éditions Plume de carottes, 2014). Il explique pourquoi on appelait le coquelicot « la fleur des batailles », et évoque quelques plantes de batailles moins connues comme le bleuet, le myosotis, le coquelicot violet…

A écouter ici.

Kokopelli : graines de résistance

Documentaire radiophonique de Clotilde de Gastines et Guillaume Baldy, émission « Sur les Docks », radio France Culture, 23.09.2014

« Une graine de variété ancienne, donnera des tomates, dont on pourra replanter les graines. Ce n’est pas le cas des variétés hybrides, vigoureuses sur une seule saison, sans saveur et gorgées d’eau, et qui rendent les agriculteurs dépendants des semenciers » accuse le directeur de Kokopelli Ananda Guillet, 27 ans. L’association fondée par ses parents en 1999 produit en agriculture biologique et commercialise plus de 2200 variétés de graines anciennes, issues d’hybridations naturelles, dont 650 espèces de tomates !

La lutte peut paraître marginale ou anodine au premier abord. En réalité, c’est un combat à mort de David contre Goliath pour l’indépendance alimentaire. Les semenciers traditionnels s’insurgent contre les 8 géants de l’industrie chimique qui ont la mainmise sur 75% des semences potagères commercialisées dans le monde, même celles destinées à l’agriculture biologique.

Pour rencontrer Kokopelli, il faut se rendre au plus profond de l’Ariège. Depuis 15 ans, l’association milite pour l’utilisation de graines vivantes et libres : ni enfermées dans un frigo comme à la morgue, ni protégées par de supposés droits de propriété intellectuelle. Kokopelli a dans ses cartons plusieurs tonnes de graines aux noms poétiques : carotte « arc en ciel », tomate Wagner, fenouil de Florence, pois de senteur « painted lady »… Un poème tragique quand on sait que 3/4 des espèces comestibles ont disparu en un siècle.

Parmi les adhérents, beaucoup cultivent leur jardin potager et parrainent des semences pour Kokopelli. C’est le cas de Patrick et Anita Paredes, retraités toulousains, dont le jardin est une jungle de haricots grimpants, maïs vert, tomates ananas ; ou encore de Cédric et Alexandre de Macadam Gardens, jeunes entrepreneurs, qui commercialisent des plans pour les urbains et ont aménagé un potager ancien de 500 m2 sur le toit de la clinique Pasteur à Toulouse.

Quête du goût pour ceux qui en ont marre des légumes insipides dopés aux pesticides, ou lutte vitale pour ces artisans semenciers soucieux de la survie des espèces, pour éviter qu’un jour, ce soit justement la fin des haricots ?

A ré-écouter sur la page de l’émission.

Des semences en partage : construction sociale et identitaire d’un collectif « paysan » autour de pratiques semencières alternatives.

Article de Elise Demeulenaere, Christophe Bonneuil paru dans « Techniques & Culture », n°57, 2011/2 (2011), pp. 202-221

Cet article se penche sur une dynamique portée par des producteurs en France, qui cherchent à réhabiliter la sélection à la ferme à partir de variétés anciennes. Notre travail vise à analyser les éléments qui soudent la communauté de pratiques constituée autour des dénommées  » semences paysannes « . Dans un premier temps, nous rendons compte des ressorts matériels et idéels qui poussent des producteurs de blé à se lancer dans la recherche de variétés anciennes et dans le réapprentissage de techniques de sélection. Pour ces agriculteurs alternatifs cultivant le plus souvent sous le label Agriculture Biologique, les variétés anciennes offrent d’abord des possibilités techniques (une meilleure adaptation à leurs conditions de production). Elles représentent aussi un levier politique (reconquérir une autonomie par rapport à l’industrie semencière) et un positionnement ontologique (construire une relation de compagnonnage avec les plantes). À partir de la création du Réseau Semences Paysannes en 2003, qui met en relation ces personnes jusqu’alors isolées, les semences deviennent aussi les vecteurs d’un réseau de sociabilités privilégiées. De l’étude du réseau de circulation des semences ressort un fort rejet de la centralisation de l’activité de sélection :  » la semence, ça regarde tout le monde « . Dans le même temps, l’économie morale des échanges de semences révèle que tout le monde ne peut pas rentrer dans ce collectif : les nouveaux entrants sont sélectionnés sur leur capacité à se mettre à l’écoute de ces variétés, dans un renversement des épreuves où l’humain est testé par la plante, et non pas l’inverse. En tant qu’objet qui circule et évolue de ferme en ferme, les semences constituent un objet intermédiaire, qui à la fois coordonne l’action collective et incarne les résultats de cette action. Parce qu’elles portent l’empreinte de ceux qui les ont travaillées, ces semences contribuent à resserrer le réseau, en l’inscrivant dans un tissu sans couture mêlant intimement les histoires des hommes et des blés. La pratique commune de la sélection à la ferme, matérialisée par la circulation physique des semences paysannes, constitue un acte performatif par lequel ces producteurs éprouvent le sentiment d’appartenir à un monde  » paysan  » construit en rupture avec la figure moderne de l’exploitant agricole.

Article accessible librement en intégralité en version PDF (746,9 Kb) sur HAL-SHS.

La cohérence des comportements professionnels et privés chez les viticulteurs biologiques alsaciens

Article de Jean Nizet, Denise Van Dam et Marcus Dejardin paru dans Recherches sociologiques et anthropologiques, n°39-2, 2008, pp.23-42

Cette contribution s’interroge sur la forte cohérence observée au niveau des comportements professionnels et privés d’un petit échantillon de viticulteurs alsaciens que nous avons interviewés longuement. On s’attache d’abord à décrire ces comportements et à identifier les principes à partir desquels les acteurs les justifient. On propose ensuite deux hypothèses susceptibles de rendre compte de la cohérence constatée. La première suggère que cette cohé­rence est en partie construite par le discours des interviewés. La seconde s’interroge sur les mécanismes de socialisation. Trois mécanismes sont iden­tifiés : les tensions identitaires que les personnes ressentent lorsqu’elles s’écar­tent des principes évoqués ; les contrôles, formels et surtout informels, qu’elles exercent les unes sur les autres ; la hiérarchie qui s’instaure dans le champ de la viticulture biologique, en raison précisément de la plus ou moins forte cohé­rence des comportements. On montre que ces mécanismes combinent leurs effets pour produire une socialisation puissante et uniforme, qui fait des viti­culteurs biologiques interviewés des individus beaucoup plus intégrés que ce que prédisent des théories sociologiques qui mettent en avant la diversité, ou encore l’éclatement de l’expérience de l’individu contemporain.

Accessible intégralement en version HTML sur le site de la revue.

Des réseaux d’agriculteurs en faveur de l’environnement en France

Article de François Laurent et Rosa Vieira Medeiros paru dans « CyberGeo: European Journal of Geography« , mai 2010, 21 p.

L’agriculture française fait l’objet de critiques du fait des pressions qu’elle exerce sur les ressources naturelles, des transformations qu’elle opère sur les paysages et de la qualité parfois contestée de ses productions. Face aux attentes sociales et aux pressions réglementaires, des agriculteurs ont choisi de s’organiser en réseau pour proposer des pratiques agricoles alternatives. Une véritable dynamique est en œuvre chez ces agriculteurs minoritaires qui cherchent à diffuser leurs expériences en créant de nouveaux liens au sein de la population agricole. Tous se revendiquent d’une plus grande durabilité des modes de production mais les niveaux de remise en cause des systèmes conventionnels varient, selon les représentations qu’ils se font de leur métier et de leur place dans la société. Dans cette contribution, nous analysons quatre réseaux alternatifs au travers des préconisations avancées, des productions concernées, de leur ancrage territorial et des liens qu’ils tissent avec la société. Des expériences relatées par des agriculteurs de l’ouest de la France nous permettront d’appréhender l’ampleur de leurs actions, l’intérêt de ces pratiques mais aussi les difficultés qu’ils rencontrent.

Article intégralement accessible en version PDF (294,4 Kb) sur HAL-SHS et sur le site de la revue.

Agriculture, sciences et environnement : retours sur la «modernisation» agricole

Séminaire universitaire, 2007-2008, Agrotech Paris (France)

Nous assistons depuis une vingtaine d’années, au niveau national et surtout international, à un profond renouvellement des travaux historiques et sociologiques sur la « modernisation » de l’agriculture, catégorie qui était encore peu interrogée dans l’emblématique Histoire de la France Rurale, publiée au milieu des années 1970. Placé à la croisée de l’histoire et la sociologie rurale, de l’histoire environnementale et de l’histoire et la sociologie des sciences et de l’innovation, le séminaire permettra d’échanger autour des nouvelles perspectives de recherche sur les transformations de l’agriculture, des savoirs et des pratiques agronomiques au XXème siècle et leurs empreintes sociales, culturelles et environnementales. L’enjeu du séminaire sera d’esquisser les bases d’une histoire environnementale de l’agriculture et des savoirs agronomiques en France, mais aussi de croiser les regards d’historiens, de sociologues et anthropologues et de chercheurs des sciences agronomiques.

Programme

8 octobre 2007

Nouvelles perspectives à la croisée de l’histoire rurale, de l’histoire environnementale et de l’histoire des sciences agronomiques

29 octobre 2007

La construction des impacts environnementaux des activités agricoles comme problème public depuis la fin du XIXe siècle : thèmes, trajectoires, périodisations.

26 novembre 2007

Pesticides, environnement et santé

10 décembre 2007

L’écologie scientifique face aux impacts environnementaux de l’agriculture

14 janvier 2008

Génétique et agriculture : entre standardisation du vivant et diversité

– Christophe Bonneuil (Centre Koyré, Cnrs) « De la quête de pureté à l’enjeu de la diversité : une histoire culturelle et environnementale de la génétique et l’amélioration des plantes au XXe siècle »

– Jacques Weber (directeur de l’Institut Français de la Biodiversité) « Evolution des représentations et des politiques de conservation de la biodiversité »

Discutants : Pierre-Benoit Joly (Inra-TSV) et Isabelle Goldringer (Généticienne, Inra Moulon)

4 février 2008

Les imaginaires du productivisme : anthropologie et histoire culturelle

10 mars 2008

Les SHS face aux agricultures alternatives

– Yvan Besson (Université de Troyes) « Les textes fondateurs de l’agriculture biologique : une histoire des idées »

– Estelle Deléage (Université de Caen) « Qu’est ce qu’une agriculture alternative ? »

7 avril 2008

Pratiques et systèmes de consommation alimentaire : empreintes culturelles et empreintes environnementales

– Arnaud Baubérot (Université de Paris XII) « Vie saine et alimentation naturelle : végétarisme et naturisme à la Belle Epoque »

– Claire Lamine (Inra-EcoInnov) et Christian Deverre (Inra-Ecodev) « Penser l’émergence des « alternative agro-food systems ». Etat des travaux et débats sociologiques internationaux »

19 mai 2008

Industrialiser l’animal : perspectives post-productivistes sur l’histoire de la zootechnie

Contact :

nathalie.jas@u-psud.fr