ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archives de Usages alimentaires des végétaux

Agriculture et alimentation végétale en milieu montagnard durant le Néolithique : nouvelles données carpologiques dans les Alpes françaises du Nord

Thèse de Lucie Martin, Université Panthéon-Sorbonne – Paris I Universität Basel (Archéobotanique), 30/09/2010, Stéphanie Thiébault; Stefanie Jacomet (Dir.), 284 p.

Depuis quelques années, plusieurs fouilles archéologiques dans les Alpes françaises du Nord ont révélé la présence de macrorestes végétaux, dont de nombreuses graines carbonisées de plantes sauvages et cultivées. L’analyse carpologique porte sur trois sites néolithiques en cours de fouille et une fouille menée auparavant. Il s’agit de l’abri sous roche de la Grande-Rivoire à Sassenage, dans le massif du Vercors (Isère) ; du site de plein air du Chenet des Pierres à Bozel, dans la vallée de la Tarentaise (Savoie) ; de la grotte des Balmes à Sollières-Sardières dans la Haute-Maurienne (Savoie) et de l’abri sous bloc ALP 1 de l’Aulp du Seuil, à Saint-Bernard-du-Touvet dans le massif de la Chartreuse (Isère). La problématique générale de ce travail est de définir, par ces nouvelles analyses et les connaissances disponibles, la façon dont les communautés humaines tiraient profit de leurs ressources végétales, cultivées ou sauvages, pour subvenir à leur besoin. Ce travail permet de répondre notamment à plusieurs interrogations sur la gestion de l’environnement végétal par l’homme au Néolithique, dans un contexte montagnard. Dans cette région aux biotopes variés et étagés, nous avons mis en évidence l’importance des céréales sur deux sites, et la possibilité de cultures en altitude. La cueillette, qui tient également une place importante, est pratiquée sur un large territoire, couvrant plusieurs étages de végétation. L’analyse carpologique de niveaux de bergerie nous permet de comprendre la façon dont les hommes géraient les ressources végétales pour l’entretien du bétail. Plusieurs taxons, comme les céréales, le sapin, le gui et l’if ont été reconnus pour leur usage vétérinaire et sanitaire. Enfin les données carpologiques contribuent à la compréhension de la fonction et de l’occupation des sites au sein du territoire alpin en fonction de la production et/ou de la consommation de plantes cultivées, d’un apport de la plaine ou encore de l’importance de la cueillette.

Thèse accessible intégralement accessible en version PDF (126.4 MB) sur TEL.

Green leafy vegetables of rural India: ethnobotany and contribution to eye health

Thèse (en anglais) de Julie Bélanger, McGill University (Montréal), mai 2010, Timothy A Johns (Dir.), 232 p.

Afin de reconnaître la contribution de la biodiversité à la santé humaine, de solides preuves scientifiques additionnelles sont requises. D’autre part, la nature multifactorielle de cette relation nécessite l’élaboration de cadres de recherche innovateurs. Ce mémoire présente une étude de cas multidisciplinaire sur la contribution d’éléments de la biodiversité, en particulier les légumes feuillus cultivés et sauvages, en relation avec la prévention de la cataracte liée à l’âge dans le contexte rural de l’Inde du Sud. Au coeur de ce projet, une étude ethnobotanique a permis d’identifier les facteurs déterminant la consommation de légumes feuillus, et de démontrer l’influence significative des propriétés qui leur sont attribuées et de leur statut de culture sur les habitudes de consommation. Les espèces analysées par chromatographie en phase liquide à haute performance ont affiché d’importantes concentrations de lutéine et de β-carotène. Se basant sur ces données ethnobotaniques et analytiques, une étude cas témoin a été conduite dans un centre d’ophtalmologie afin de comparer la consommation de légumes feuillus, en quantité et en diversité, et de lutéine et zéaxanthine, chez des patientes diagnostiquées et des témoins sains. Des associations contradictoires concernant la consommation de légumes feuillus et le risque de cataracte ont été observées. En revanche, certains aliments traditionnels, comme le yaourt et le thé, ont démontré une association négative avec la cataracte. L’intégration de ces études à l’intérieur d’un cadre multidisciplinaire a permis de tenir compte des relations complexes entre les composantes biologiques, socio-économiques et environnementales de la santé de l’oeil et de la diversité botanique, permettant ainsi la découverte d’importantes connaissances applicables à la prévention de la cataracte chez des populations à risque.

Accessible intégralement en version PDF (4Mo) sur le site de l’Université Mc Gill.

Diversité et gestion des légumes de cueillette au Togo

Article de K. Batawila, S. Akpavi, K. Wala, M. Kanda, R. Vodouhe et K. Akpagana paru dans « African Journal of Food, Agriculture, Nutrition and Development« , Vol. 7, No. 3, 2007, 21 p.

En Afrique subsaharienne et particulièrement au Togo, les légumes de cueillette ont été longtemps négligés par la communauté scientifique et les agents de développement, bien qu’ils soient d’importants compléments alimentaires. La présente étude constitue un premier état des lieux sur l’utilisation des légumes de cueillette au Togo pour une valorisation de ces ressources. Pour ce faire, des enquêtes ethnobotaniques ont été menées chez 20 groupes ethniques dans 50 villages distribués sur toute l’étendue du territoire togolais. Les informations obtenues ont été complétées par des observations directes de terrain et l’ensemble des données obtenues ont été catégorisées suivant les ethnies, les zones agro-écologiques, les lieux et périodes de récolte, etc. Au total, 105 espèces dont un ou plusieurs organes sont utilisés comme légume ont été recensées. Elles ont été rangées dans 82 genres et 45 familles dont les Fabaceae, les Malvaceae, les Moraceae, les Asteraceae sont les plus nombreuses. Certaines espèces (Adansonia digitata, Fagara zanthoxyloides, Ocimum gratissimum, Talinum triangulare, Vernonia amygdalina et Vitex doniana) sont largement distribuées et utilisées par divers peuples tandis que d’autres sont spécifiques à des régions agro-écologiques données ou à des groupes ethniques donnés. La plus forte richesse d’espèces légumières a été notée au nord du pays chez les Nawdba et les Kabyè, suivis des Lamba, Moba, Tchokossi et Tamberma. Les organes consommés sont les feuilles (67%), les fruits (18%), les fleurs (6%) et les racines (6%). La période de récolte varie suivant les espèces : 33% des légumes recensés sont récoltés en saison sèche, 14% en saison des pluies et 53% en toute saison. La cueillette, la transformation, le conditionnement et la commercialisation sont des activités dévolues aux femmes. Cette étude a montré que divers organes de nombreuses plantes sont utilisés comme légumes de cueillette par les différentes communautés socio-ethniques du Togo. Elle constitue une première étape d’un programme de valorisation effective des ressources végétales.

Accessible intégralement en version PDF (392 Ko) sur Bioline International.

Ptéridium aquilinum, une ptéridophyte envahissante des cultures pérennes du sud de la Côte d’Ivoire: quelques notes ethnobotaniques

Article de Lydie Marie-Dominique Adou et J. Ipou Ipou paru dans Tropicultura, 2007, 25, 4, pp.232-234

Pteridium aquilinum est une plante cosmopolite qui envahit les terrains dégradés des jachères et des cultures pérennes du sud de la Côte d’Ivoire. Quoique nuisible aux cultures, elle ne doit pas être éradiquée à cause de ses nombreuses utilisations par l’homme. Elle sert en effet dans la médecine traditionnelle pour traiter des maladies comme le rhumatisme, l’aménorrhée, la fontanelle, etc. Cette plante peut être aussi utilisée dans divers autres domaines : l’alimentation humaine, la literie, etc.

Accessible intégralement en version PDF (148 ko) sur le site de la revue.

Stratégie de valorisation des espèces ressources des produits non ligneux de la savane des environs de Kinshasa: I. Enquête ethnobotanique

Article de E. Makumbelo, L. Lukoki, J.J.s.j Paulus et N. Luyindula paru dans « Tropicultura« , 2007, 25, 1, pp.51-55

Une enquête ethnobotanique a porté sur les espèces ressources en produits non ligneux de la savane dont les fruits sont souvent consommés entre les repas. Les produits récoltés et leurs usages ont été étudiés, auprès de la population de 522 parcelles. Les 13 espèces identifiées à Kinshasa sont aussi présentes dans les districts du Bas-Congo et du Kasaï. Le prélèvement abusif des graines et des rhizomes conjugué à l’action du feu de brousse et de mauvaises pratiques culturales rendent ces espèces vulnérables et entraînent la dégénérescence de l’écosystème herbeux.

Accessible intégralement en version PDF (140 Ko) sur le site de la revue.

Etude ethnobotanique d’une noix comestible : les Canarium de Vanuatu

Article de Annie Walter, C. Sam et Geneviève Bourdy paru dans le Journal de la Société des Océanistes, 1994, 98 (1), pp. 81-98.

L’une des noix comestibles les plus répandues et les plus consommées en Mélanésie est la noix de kanari (Canarium sp.), Canarium almond en anglais, nangai en bichelamar ou galip en pidgin de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Bien que le Canarium eût été consommé avant l’arrivée des premiers Européens en Mélanésie, il a fallu attendre les années quatre-vingts pour qu’une attention particulière lui soit portée, en raison des potentialités économiques de certaines de ses espèces.

Plusieurs États de l’aire mélanésienne, soucieux de trouver dans leur environnement de nouvelles ressources commerciales, de parvenir à un développement durable en gérant de façon adéquate leurs forêts et les produits utiles qu’elles renferment et de promouvoir la consommation des produits alimentaires locaux, ont entrepris des inventaires systématiques de leurs fruitiers au sein desquels se trouvent immanquablement les Canarium. C’est le cas des Salomons (Evans,1991) et de Vanuatu où les auteurs de cet article ont mené leurs enquêtes.


Accessible intégralement en version PDF (1,7 Mo) sur la base Horizon de l’IRD.

Et l’homme des cavernes inventa le pain

Article de Stéphane Foucart paru Le Monde, 23 octobre 2010, p. 18

Des pierres taillées par nos ancêtres du paléolithique, on a surtout retenu qu’elles étaient faites pour découper la chair, déchirer des tendons, racler des peaux, briser des os. Des chercheurs russes et européens montrent, lundi 18 octobre, dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), qu’elles pouvaient avoir d’autres fonctions. Et que, il y a 30 000 ans, les hommes du gravettien étaient sans doute autant chasseurs et bouchers que meuniers et boulangers. Lire la suite l’articleEn analysant les industries lithiques de trois sites datés d’environ 30 000 ans, Anna Revedin (Institut italien de préhistoire et de protohistoire à Florence) et ses coauteurs ont, en effet, découvert des traces ténues d’amidon. La répartition de ces traces sur les instruments étudiés indique que ces derniers ont été utilisés comme meules, pour broyer certaines parties de plantes, transformées en une manière de farine.
Les trois sites analysés recouvrent une vaste aire géographique : le premier se trouve en Italie, les deux autres en Tchéquie et en Russie. Cette pratique semble donc avoir été indépendante des climats et des environnements divers auxquels étaient soumis les hommes qui s’y livraient.
Ceux-ci exploitaient une grande variété de végétaux pour produire cette farine : l’analyse des microtraces suggère qu’ils utilisaient différentes herbacées – massette à feuilles étroites (Typha angustifolia), rubaniers (du genre Sparganium), fougères (du genre Botrychium)… Les hommes du paléolithique supérieur ont, en outre, mis à profit diverses parties de la plante : racine, rhizome (partie souterraine de la tige) ou graines. La farine obtenue ne devait donc pas avoir grand-chose à voir avec celles utilisées aujourd’hui…
C’est la confirmation, par analyse de microtraces, de choses qui étaient largement soupçonnées, « c’est-à-dire que les hommes du paléolithique ne mangeaient pas que de la viande »‘, dit l’archéologue et préhistorien Pascal Depaepe (Institut national de recherches archéologiques préventives). Et pour cause, membres de l’espèce Homo sapiens, les représentants de la culture gravettienne n’étaient morphologiquement guère différents des hommes actuels. Au contraire des Néandertaliens dont l’analyse chimique des ossements a montré que leur alimentation était essentiellement carnée.
Transformation des végétaux
La proximité biologique entre les Gravettiens et les hommes actuels a un autre corollaire immédiat : pour pouvoir digérer ces farines issues de végétaux préalablement séchés, les sapiens du paléolithique supérieur devaient les faire cuire. Et pour ce faire, devaient les mêler à de l’eau. Le résultat devait être une sorte de galette : le pain n’est pas très loin. Selon Anna Revedin et ses coauteurs, cette transformation de la matière végétale permettrait une meilleure conservation, offrant « une plus grande indépendance aux fluctuations saisonnières et environnementales ».
Identifiée pour la culture gravettienne qui s’étire d’environ -30 000 ans à – 20 000 ans et recouvre l’essentiel du Vieux Continent, cette pratique, s’interroge M. Depaepe, relève-t-elle d’une « spécificité culturelle  » ? « Il serait très intéressant, ajoute-t-il, de reproduire ce genre d’analyse sur du matériel magdalénien », du nom de la culture bien plus tardive installée entre -17 000 ans et  10 000 ans sur une partie de l’Europe.
La découverte de ces trois « boulangeries archaïques » montre que, plus de 20 000 ans avant l’invention de l’agriculture, les hommes maitrisaient déjà des techniques complexes de transformation des végétaux. Jusqu’à présent, les plus anciennes pierres identifiées comme des meules avaient été découvertes en Chine orientale et datées d’environ 20 000 ans.
Au début des années 1990, l’analyse des marques d’usure de certains outils  avait permis de suggérer qu’ils avaient été utilisés pour broyer des végétaux, mais la démonstration nen avait pas été apportée par la recherche de microtraces d’amidon. Les travaux d’Anna Revedin et de ses coauteurs renforcent  donc cette interprétation. Et suggèrent que les hommes fabriquent, depuis très longtemps et un peu partout, une sorte de pain.