ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archives de Les végétaux et l'économie

Du court, du local ! Une sociologie du gouvernement de la filière fruits et légumes

Thèse de Pierre Naves, Sociologie. Université de Bordeaux, 2016, 420 p.

La filière des fruits et légumes frais est aujourd’hui confrontée à la mise en question des institutions gouvernant ses rapports institués de distribution. De plus en plus, une partie des acteurs intervenant dans le gouvernement de cette filière (collectivités territoriales, producteurs, distributeurs, organisations professionnelles) cherchent à promouvoir de nouvelles formes de distribution, caractérisées par la réduction des distances sociales et / ou relationnelles entre producteurs et consommateurs. La fin des années 2000 a notamment été marquée par la mise en œuvre d’une politique publique nationale destinée à développer les« circuits courts » de commercialisation des produits agricoles, caractérisés par l’absence ou la présence d’un seul intermédiaire entre producteurs et consommateurs. Ces circuits courts sont, en outre, souvent associés par les acteurs à des dynamiques de relocalisation des processus de distribution. Historiquement peu concernée par ces modes de distribution, dont les titulaires de son gouvernement ont au contraire cherché à l’affranchir en les marginalisant économiquement, la filière des fruits et légumes frais redécouvre aujourd’hui de nouvelles manières d’organiser ses marchés et de qualifier les produits. Doit-on pour autant conclure au triomphe des challengers du gouvernement de cette filière, parce qu’ils auraient réussi à institutionnaliser de nouveaux rapports institués de distribution ? Nous prétendons justement montrer, à partir d’une sociologie du gouvernement de la filière inspirée des travaux de la sociologie économique et de l’économie politique, que la réalité est plus complexe et ambigüe. En effet, si, à l’échelle locale, ces challengers parviennent à mieux contrôler les opérations de problématisation, d’instrumentation et de légitimation des enjeux associés à l’institutionnalisation de nouveaux modèles de distribution des fruits et légumes, aux échelles nationale et communautaire, le gouvernement de la filière demeure contrôlé par les acteurs les plus puissants : producteurs spécialisés, organisations de producteurs, enseignes de la grande distribution. Finalement, plutôt qu’à une relocalisation des circuits de distribution de la filière, on assiste en réalité à une évolution des dynamiques de qualification, marquée par la stabilisation du « local » comme une nouvelle institution marchande, dont l’usage stratégique permet aux titulaires du gouvernement de conserver la mainmise sur la définition des enjeux légitimes à traiter, en particulier ceux relatifs aux modèles de développement agricoles à soutenir et encourager.

Thèse intégralement accessible en version PDF (3.67 Mo) sur Tel.

La filière palmier à huile au Burundi : acteurs et territoires

Thèse de Érasme Ngiye, Géographie. Université Toulouse le Mirail – Toulouse II, 2015, 344 p.

Cette thèse porte sur l’étude de la filière palmier à huile au Burundi. Son enjeu principal est d’analyser la manière dont cette culture construit son territoire. Elle étudie les acteurs de la filière palmier à huile, leurs stratégies et la manière dont ils sont organisés ainsi que l’espace territorialisée par cette filière. La filière palmier à huile au Burundi a connu deux importants modes de cultures. Le mode de culture traditionnelle dominé par l’ancienne variété « dura », il était caractérisé par la polyculture extensive. Entre des palmiers espacés, la culture du vivrier était possible. Le deuxième mode de culture concerne la monoculture du palmier à huile qui est uniquement destinée à produire de l’huile de palme. Il consiste à la culture de la nouvelle variété « tenera » jugée plus productive que l’ancienne variété. La transition de l’ancien au nouveau mode d’exploitation agricole ne s’est pas faite sans conséquences sur les modes de vie des paysans des principales zones palméicoles burundaises (Rumonge et Nyanza-Lac). L’installation de la nouvelle variété « tenera » à Rumonge et à Nyanza lac a certes, généré une véritable agriculture marchande, mais elle s’est faite au détriment d’autres cultures vivrières. Dans ce travail nous montrons les bouleversements socio-économiques que la culture a engendrés sur les modes de vie des paysans, notamment l’exacerbation des conflits fonciers. La culture du palmier à huile ne cesse de s’étendre sur d’autres régions du pays. Par une analyse historique, nous montrons comment la construction du territoire du palmier à huile s’est faite autour des acteurs qui n’ont ni les mêmes moyens financiers ni les mêmes objectifs. Les modes d’organisation et les stratégies varient en fonction de chaque groupe d’acteurs et de son capital financier initial. La faible organisation de petits palméiculteurs observée à l’Imbo-sud n’augure pas un bon avenir pour eux. Enfin, l’étude montre comment les détenteurs de capitaux accèdent à la filière palmier à huile en passant par la simple location de terres de pauvres paysans.

Thèse intégralement accessible en version PDF (11.71 Mo) sur Hal-Shs.

L’agritourisme truffier dans le Vaucluse. La découverte d’un produit gastronomique chez le producteur

Article de Vincent Marcilhac paru dans Téoros, Revue de Recherche en Tourisme, 2016

Le Vaucluse est le premier département de production de truffes noires (tuber melanosporum) en France. Pourtant, la valorisation touristique autour de la production locale de ce produit alimentaire de luxe avec une réputation gastronomique internationale est modeste. L’objet de cet article est d’analyser ce paradoxe. La rareté et l’irrégularité de l’offre d’une part, le caractère confidentiel de la demande d’autre part, font de la truffe un produit de niche, dont l’opacité de la filière limite sa valorisation touristique dans les zones de production.

Article en accès intégral, version PDF (474.5 Ko) sur Hal-Shs.

Produits oubliés, produits menacés, produits disparus Causes et mécanismes du déclin, XIVe-XXIe siècle

Colloque international, Université Bordeaux Montaigne, 4-6 avril 2017

Dans le cadre du programme TERESMA qui s’intéresse aux liens entre produits de terroirs, territoires, espaces et marchés hier et aujourd’hui, ce colloque se propose d’essayer de comprendre les causes et les mécanismes du déclin de certains produits du XIVe au XXIe siècle. Si l’histoire et les sciences sociales en général se sont beaucoup intéressées aux success stories, aux produits qui ont réussi à se diffuser largement, à s’inscrire dans la durée, à assoir leur notoriété et à entraîner la croissance de secteurs économiques, d’entreprises ou de territoires, l’échec peut lui aussi être un objet historique permettant de mettre en lumière les transformations économiques, sociales et culturelles d’une époque et d’un espace. Étudier les multiples processus de déclin, de la menace latente sur un aliment à sa disparition définitive, conduit ainsi à interroger les choix alimentaires et leurs contraintes, les orientations du secteur agro-alimentaire ou les politiques menées dans ce domaine.

Programme sur le carnet de Teresma.

Le projet ARBELE

Le programme Casdar ARBELE : l’ARBre dans les exploitations d’ELEvage herbivore, réunit des partenaires de la recherche et du développement dans le domaine de l’élevage, de la forêt et de l’agroforesterie et a pour objectif d’étudier et évaluer dans le contexte actuel la pertinence des différentes pratiques agroforestières.

Différentes actions sont conduites afin d’une part de cerner les atouts et limites de l’agroforesterie (intérêt fourrager, bien-être animal, bois litière, bois-énergie, impacts environnementaux,…), et d’autre part de capitaliser des références technico-économiques (évaluation des coûts, temps et matériel des chantiers, itinéraires d’exploitation…).

Fiche de présentation synthétique du projet ici.

Des simples et des mélanges, l’herboristerie sous certificat

Émission « La fabrique de l’histoire », cycle « Histoire des remèdes et des médicaments« , radio France Culture, 14.03.2017

Le syndicat des Simples revendique aujourd’hui environ 600 paysans-herboristes, qui perpétuent les savoirs et les usages de cette pratique empirique, datant des temps les plus anciens. Un documentaire de Franck Thoraval et Anne Fleury.

Le 11 septembre 1941, le régime de Vichy supprime le certificat d’herboriste, créé sous Napoléon. Dès lors, la profession, majoritairement féminine, était censée s’éteindre après le décès des dernières certifiées. Et pourtant, le syndicat des Simples revendique aujourd’hui environ 600 paysans-herboristes, qui perpétuent les savoirs et les usages de cette pratique empirique, datant des temps les plus anciens.

Thierry Thévenin, porte parole du syndicat, en témoigne dans son jardin des simples, situé en Creuse. Il s’est également penché sur l’histoire négligée de cette médecine des pauvres, aux côtés de deux jeunes chercheuses en ethnologie : Ida bost et Carole Brousse. Ils prennent ainsi la relève de celles et ceux qui n’ont jamais accepté la suppression par le régime de Philippe Pétain du fameux certificat. Comme Marie Roubieux, herboriste-certifiée, qui a participé à l’aventure de l’école des plantes de Clotilde Boisvert dans les années 80, ou Michel Pierre, propriétaire de l’Herboristerie du Palais Royale, qui a dû, comme d’autres, faire face à la justice pour pratique illégale de la pharmacie.

La pharmacie, la rivale historique. Après avoir réussi à mettre sous tutelle l’herboristerie dès 1803, elle connait une expansion, portée par des découvertes majeures et une foi sans borne dans le progrès. Mais c’est la montée en puissance de son industrie qui précipitera une décision, jamais remise en cause depuis…

Emission à (re) écouter ici.

Cosmétiques  : innover sans piller

Article de Nathalie Picard, Le Monde, 13.03.2017

« L’application du protocole de Nagoya et le succès des cosmétiques naturels incitent industriels et chercheurs à trouver localement des matières premières végétales.

Dans les années 1970-1980, la quintessence du produit cosmétique était d’origine chimique, se rappelle Claude Fromageot, directeur du développement durable chez Yves Rocher, pionnier de la cosmétique végétale. Le mouvement vers le naturel s’est amorcé au début des années 2000 et ne cesse de s’amplifier depuis. » Une attente des consommateurs, soutenue par une législation de plus en plus stricte.

Le 14 mars, à Orléans, la réglementation en cosmétique était justement le thème d’une journée scientifique nationale organisée par le groupement de recherche Cosm’actifs (CNRS) et le programme Cosmétosciences de la région Centre-Val de Loire. Des ­industriels ont présenté aux chercheurs académiques les enjeux réglementaires, de l’approvisionnement en matières premières à la sécurité des produits finis… »

Article payant sur le site du journal.