ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archives de Botanique

Le buis dans tous ses états

Emission « CO2 mon amour » de Denis Cheissoux, radio France Inter, 15. 10. 2016

Emission thématique sur le buis à (re) écouter ici.

Quels sont les facteurs naturels et humains conduisant au statut public d’espèce invasive ? Le cas de l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus) sur l’île de La Réunion

Thèse de Nathalie Udo, Environnement et Société. Université de Rennes 1; Université Européenne de Bretagne, 2016, 377 p.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les espèces invasives ont été hissées au rang des problèmes publics majeurs en raison de leurs effets sur l’environnement, l’économie ou la santé. L’objectif général de cette thèse est d’identifier les facteurs naturels et humains conduisant à attribuer au cours du temps le statut public d’espèce invasive à certaines espèces et dans certains contextes, à travers le cas de l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus) sur l’île de La Réunion (Océan Indien). Ce travail se structure en trois parties : (i) une comparaison des caractéristiques biologiques de l’ajonc entre La Réunion, où il est déclaré invasif, et la France métropolitaine, d’où est-il originaire, (ii) une analyse historique de sa dynamique d’expansion géographique et des facteurs naturels et humains qui l’ont favorisée, et (iii) une étude de la construction des statuts publics qui lui ont été attribués depuis son introduction. Les résultats ont révélé une évolution biologique entre des populations d’ajonc de France et de La Réunion sur le taux et la vitesse de germination, et la production et dispersion des graines. Couplée à une croissance des individus plus rapide précédemment démontrée, ceci suggère que les capacités de colonisation de l’ajonc sont plus importantes dans l’île que dans sa zone d’origine. Ces capacités ont favorisé son expansion géographique dans les milieux agricoles et naturels, en interaction avec les usages du sol, les pratiques agricoles et les savoir-faire liés à l’ajonc. Ces éléments découlent eux-mêmes du contexte socio-économique global à l’œuvre, de l’échelle européenne à l’échelle de l’exploitation agricole familiale. La construction et publicisation du statut invasif de l’ajonc dans l’île résulte d’une combinaison entre ces éléments écologiques et les éléments sociologiques suivants : une nouvelle lecture scientifique écologique du monde à l’échelle globale, et, à l’échelle régionale, des jeux d’acteurs complexes autour de la gestion des milieux naturels protégés. Ces résultats mettent une fois de plus en évidence l’importance des approches interdisciplinaires pour appréhender les objets foncièrement hybrides, produits de nature et de culture.

Thèse intégralement accessible en version PDF (9,96 Mo) sur Hal-Shs.

Comment la Nouvelle-Calédonie protège l’utilisation de sa nature

Article de Angela Bolis, Le Monde, 19.01. 2016

« Dans le maquis minier du sud de la Nouvelle-Calédonie, les sols rouges, pauvres et métalliques sont par endroits si chargés de nickel que la sève des plantes en devient bleue. C’est cette flore singulière, adaptée à des conditions extrêmes, que viennent explorer les chercheurs de l’équipe de chimie des substances naturelles de l’université de Nouvelle-Calédonie (UNC).

Guidés par un passionné de botanique, les chimistes prospectent la végétation éparse en quête de plantes à huile essentielle, de diospyros, étudiés pour leurs propriétés anticancéreuses, et d’hépatiques, classe aux multiples vertus, « antibactérienne, anticancéreuse, antiradicalaire », énumère le doctorant Benjamin Metoyer. Une fois un spécimen repéré, ils le localisent et le décrivent, avant de récolter quelques échantillons de feuilles, d’écorce ou de fruits.

Ces extraits végétaux seront ensuite testés en laboratoire pour déceler leur activité biologique. Si les résultats se révèlent prometteurs, des chimistes tenteront d’isoler les molécules actives afin de les identifier, puis éventuellement de les synthétiser. De la plante au médicament, toutefois, les étapes sont multiples et l’aboutissement à un produit fini rarissime. Il n’empêche : la biodiversité suscite toujours l’intérêt de la recherche et de l’industrie pharmaceutique, et le partage des bénéfices qui en découle baigne dans un grand flou juridique, entouré de soupçons de biopiraterie… »

Lire l’intégralité de l’article sur le site du journal.

Canal du midi, les platanes qu’on abat

Émission « Interception », reportage de Corinne Cutilla, radio France Inter, 19. 07. 2015

Le Canal du Midi : c’est l’un des joyaux paysagers et touristiques de la France. Il est inscrit depuis 1996 au patrimoine de l’Humanité établi par l’UNESCO.  Mais aujourd’hui, sa parure est en danger. Interception vous propose une balade le long du Canal du Midi.
Cette voie conçue au XVIIe siècle chemine entre les régions Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon sur une longueur de 240 km. Elle est bordée par 42 000 platanes. Les plus anciens ont deux siècles d’existence. Ils formaient jusqu’à présent une voûte végétale unique.

Mais le Canal se « déplume » : en 2006, on y a découvert un parasite, le chancre coloré. Un parasite tellement virulent qu’il met en péril l’ensemble des platanes du Canal. Et au-delà, ce sont tous les platanes de France qui sont menacés.

Pour tenter de contenir, ou au moins de ralentir l’extension du mal, un immense chantier est en cours : c’est un chantier radical, puisqu’il s’agit d’abattre, non seulement les arbres malades, mais aussi tous ceux qui les entourent, pendant qu’à Toulouse, des chercheurs espèrent trouver une solution qui mettra un terme au massacre.

A ré-écouter sur le site de l’émission.

 

Les restructurations productives chez de grands rosiéristes français

Communication de congrès de Blandine Veith, Journées Internationales de Sociologie du Travail, Juin 2007, Londres, United Kingdom

Le propos est de comprendre comment de grands rosiéristes français, obtenteurs de nouvelles variétés horticoles, ont pu restructurer leurs entreprises dès les années soixante-dix, voire avant, en mettant en oeuvre des principes qui se sont développés plus tard dans l’industrie et le commerce français. Ils ont déconcentré l’essentiel de la production de fleurs coupées et de rosiers pour jardins en la déléguant à des « partenaires » sous contrat, en la délocalisant en partie à l’étranger ; ils se sont recentrés sur des activités de recherche appliquée et d’obtention de nouveaux cultivars, de marketing, de protection juridique du végétal et de traque des contrefaçons. Selon les principes de l’autonomie contrôlée (Appay, 1993, 2005), ces entreprises sont devenues des firmes cerveau à l’échelle internationale en organisant le travail de centaines de personnes sans forcément les employer directement. Après avoir resitué cette recherche qualitative dans son évolution historique et dans son contexte international, il s’agira d’analyser les spécificités des parcours biographiques de ces entreprises familiales constituées sur plusieurs générations ; de comprendre en quoi ces restructurations productives sont aussi liées, pour certains, à la mise en place de la protection juridique des obtentions. En analysant plus particulièrement l’action d’une famille impliquée dans la promotion de la propriété intellectuelle des roses, nous avançons l’hypothèse que le brevetage du végétal a créé les conditions non seulement financières mais aussi cognitives de ces restructurations productives.

Communication intégralement accessible en version PDF (401,75 Ko) sur Hal-Shs.

L’extension annoncée de l’ambroisie

Article de Pascaline Minet paru dans Le Temps, 26. 05. 2015

Plante envahissante et allergène, l’ambroisie va continuer à s’étendre en Europe sous l’effet des changements climatiques, d’après une nouvelle étude.
Mais où s’arrêtera l’ambroisie? Cette plante envahissante et très allergène pousse déjà dans de nombreux pays européens dont la Suisse. A l’avenir, elle risque de s’étendre encore davantage, si on en croit une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Climate Change le 25 mai. Selon les évaluations des scientifiques, les concentrations en pollen d’ambroisie pourraient quadrupler en Europe d’ici à 2050. Un phénomène largement imputable aux changements climatiques.
Originaire d’Amérique du Nord, l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) s’est répandue à travers le monde au cours des dernières décennies. On la trouve désormais en Australie, en Asie et en Amérique du Sud, mais aussi en Europe; elle est particulièrement bien implantée en France dans la région de Lyon, mais aussi dans le nord de l’Italie et en Hongrie. En Suisse, des colonies d’ambroisie se sont installées à la fin du siècle dernier dans les cantons de Genève et du Tessin, tous deux frontaliers de zones fortement touchées.
L’arrivée de l’ambroisie est une mauvaise nouvelle pour les personnes sensibles. «Dans les zones où ces plantes sont abondantes, leur pollen constitue le principal allergène, devant les autres pollens comme celui des graminées», explique Bernard Clot, ­responsable de l’équipe d’aérobiologie à MétéoSuisse. Au menu pour les personnes allergiques à l’ambroisie: rhinites, conjonctivites, trachéites et crises d’asthme potentiellement graves… »

Lire la suite de l’article sur le site du journal.

Un champ de Mars dans l’histoire du Maroc : Khandaq er-rîhân, le Ravin au myrte

Tiré à part de Jamal Bellakhdar et Abdelmalek Benabid paru dans Horizons Maghrébins n° 72, 2015, pp. 83-109.

Cette étude démontre que des sciences aussi éloignées entre elles que le sont la Botanique et l’Histoire peuvent néanmoins collaborer entre elles pour produire des effets de connaissance.

Les auteurs sont respectivement ethnobotaniste (J.B.) et botaniste (A.B.) et collaborent souvent dans des travaux d’inventaire portant sur les flores locales et sur les usages que leur ont trouvés les populations dans un territoire donné. Les recherches de ce type s’appuient obligatoirement sur un travail méthodique de terrain et sur des enquêtes à caractère ethnographique conduites auprès des personnes et des communautés qui détiennent le savoir traditionnel relatif aux plantes. Elles nécessitent par ailleurs un examen attentif des sources documentaires écrites afin d’arriver à déterminer si les usages végétaux recensés s’inscrivent dans une certaine continuité historique ou relèvent au contraire de l’innovation. La connaissance de l’histoire régionale s’impose donc, à un moment donné de l’avancement de ces travaux, comme l’une des compétences à acquérir nécessairement pour conduire la recherche à son terme.

C’est justement à l’occasion de l’une de ces consultations livresques, portant – dans le cas précis qui nous intéresse ici – sur un petit arbuste très présent dans la nature et dans la culture marocaines, le myrte, au sujet duquel une étude était en préparation, que l’un d’entre nous a relevé une information se rapportant à la fois à la botanique et à la science historique et susceptible donc d’être exploitée à des fins utiles aux deux disciplines.

En s’appuyant sur une démarche pluridisciplinaire confrontant des informations provenant de sources historiques écrites et des données recueillies sur le terrain, d’ordre géographique, topographique et botanique, les auteurs de cet article ont réussi à identifier le site exact de la bataille dite de Khandaq er-rîhân (Le Ravin au myrte) qui opposa en 1576, pour la prise du pouvoir, deux princes de la dynastie saâdienne, Abdelmâlek Abou Marwan et son neveu Mohammed Ben Abdallah dit Al Moutawakil. Ce même site abrita par la suite, à deux reprises, en 1907 et en 1908, le camp de retranchement d’une armée servant la cause du sultan régnant Moulay Abdelaziz, après sa mise en déroute par les tribus Chaouïa et les partisans du prétendant au trône Moulay Abdelhafid. La découverte sur place, au milieu des fourrées, des vestiges d’un ancien lieu de sépulture dont personne ne connaissait l’histoire, est venue confirmer notre identification.

Pour se procurer le tiré à part (fichiers pdf) : pour toute demande, s’adresser par mail aux auteurs.

(info Telabotanica)