ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour juin, 2016

Pour une archéobotanique funéraire : enquêtes interdisciplinaires et analyses polliniques autour de la tombe et du corps mort (ère chrétienne, France – Italie)

Thèse de Rémi Corbineau, Archéologie et Préhistoire. Université du Maine, 2014, 599 p.

L’étude des pratiques mortuaires de l’ère chrétienne est un champ de recherche largement exploré par les historiens et les archéologues. Pourtant, en dépit d’une certaine tendance scientifique actuelle à questionner les rapports homme/milieu, aucune étude n’aborde la pompe funèbre dans une optique ethnobotanique. Cette enquête diachronique reconstitue les accessoires végétaux que la société puise dans son environnement pour accompagner le cadavre. Une méthodologie est développée pour la reconnaissance des micro- et macro-restes végétaux, en particulier le pollen, appliquée aux vestiges de huit sites archéologiques français et italiens (Ier-XVIIe s). Ces données, parfois éclairées par les sources écrites, livrent des informations inédites sur deux types de pratiques. D’une part, des dépôts végétaux constitués d’espèces florales accompagnent le corps des défunts et lui confèrent une image plus éclatante du point de vue visuel et olfactif, y compris dans les milieux sociaux les plus humbles. Ces données invitent les archéologues à considérer l’existence d’un mobilier funéraire peu connu jusqu’alors. D’autre part, les végétaux sont utilisés pour l’embaumement interne des plus privilégiés. L’opération transforme chirurgicalement la dépouille, et les chairs sont apaisées par le baume, une préparation dans laquelle les plantes jouent un rôle prédominant en vertu de leurs propriétés médicinales, olfactives, et symboliques. Ce travail pose les bases méthodologiques d’une archéobotanique funéraire. Les origines anciennes des pratiques mises en évidence devront à présent être reconstituées, mais c’est aussi leur rémanence dans la société contemporaine qu’il conviendra d’analyser.

Thèse intégralement accessible en version PDF (33.88 Mo) sur Hal-Shs.

 

Feuilles de chêne de Voutch

chene centenaire3Lire et rire, le mardi, sur le blog de Voutch.

La mise en ordre écologique des parcs urbains. Savoirs, pratiques et paysages. Exemple d’un grand parc francilien

Thèse de Marine Legrand, Anthropologie sociale et ethnologie, Muséum national d’Histoire Naturelle (Paris, France), 2015,  419 p.

En France, l’intérêt des collectivités locales pour la gestion écologique des parcs et jardins s’est structuré dans les années 1980. Cela conduit à la création d’un nouveau modèle paysager, qui traduit la rencontre, dans les territoires urbains, de deux dynamiques, la transformation de l’aménagement urbain sous le regard des sciences biologiques, et celle de l’élargissement du spectre de la conservation de la nature à l’aune de la biodiversité urbaine. L’objectif de cette thèse a été d’analyser les rapports entre pratiques locales, construction des savoirs et production du paysage, autour de la tentative d’une collectivité locale de faire cohabiter dans un même espace loisirs urbains et conservation de la biodiversité. Cette réflexion s’appuie sur une étude de cas en Seine-Saint-Denis, où c’est sous le terme de « gestion harmonique » que le Conseil général a affiché son intérêt pour la biodiversité urbaine. Ce modèle a formé le point focal d’une enquête ethnographique centrée sur un parc d’environ 400 hectares construit dans les années 1960, dont la gestion a changé suite à un conflit autour de la préservation d’un étang. Celui-ci accueille aujourd’hui 2 millions de visiteurs par an. L’intérêt les acteurs naturalistes locaux pour les espèces rares d’oiseaux et d’amphibiens qu’il abrite, lui vaut finalement d’être désigné comme site Natura 2000. L’histoire de la construction du parc est étroitement liée à l’influence de l’idéologie hygiéniste sur l’aménagement de la banlieue de Paris. La redéfinition de l’action publique et son appropriation de la question de la biodiversité comme objectif de gestion constitue un tournant par rapport à cette historie, au travers d’un remplacement du modèle paysager institutionnel des espaces verts par un nouveau modèle institutionnel, celui de l’espace naturel urbain, dont la gestion emprunte à l’horticulture et à la restauration écologique. La redéfinition du statut des lieux se traduit par des modes de sélections nouveaux des savoirs et des pratiques légitimes, à l’aune de l’écologie scientifique. La rationalisation de l’action publique en faveur de la biodiversité s’accompagne de déplacements des contraintes qui pèsent sur les pratiques citadines, et produisent de nouveaux dispositifs de surveillance qui restent néanmoins toujours lacunaires.

Thèse intégralement accessible en version PDF (23.86 Mo) sur Hal-Shs.

Et si on jardinait nos rues ?

Guide pour la végétalisation des rues de Marseille et des villes de l’espace littoral méditerranéen.

Un guide de 80 pages de conseils en couleurs et d’idées futées pour jardiner la ville en climat méditerranéen.

Réalisé par l’association marseillaise Passeurs de jardins, en partenariat avec le Laboratoire Populations Environnement Développement (LPED)- Aix Marseille Université et L’Ecole Nationale Supérieure de Paysage, antenne de Marseille.

Télécharger le guide (PDF, 6.3 Mo) sur passeursdejardins.wordpress.com.

La version papier est disponible :
-  à Marseille, dans des lieux indiqués sur le blog de Passeurs de jardins (passeursdejardins.wordpress.com)
-  sur commande (3€ + frais de port) à liens@passeursdejardins.org.

[Info Telabotanica].

Freins et leviers pour l’installation de jardins en bord de voies

Article de Grégoire Chelkoff et Magali Paris paru dans VertigO, hors-série n°24, juin 2016

Prenant le contre-pied d’une posture visant à « réparer » les territoires détruits par les infrastructures de transport, nous investiguons les potentiels de développement urbain inhérents aux situations routes/jardins. Les territoires de bord de route possèdent leurs propres règles qui pourraient informer une manière de produire autrement la ville. Perçue depuis un véhicule personnel ou un transport en commun la nature en bord de voie, et en particulier la nature domestiquée des collectifs de jardins, compose des paysages inédits : chaotiques, colorés, texturés, précaires, changeants au gré des saisons et des années, patinés par le temps. Mais comment sont-ils vécus de l’intérieur par ceux qui les modèlent au jour le jour et aussi par ceux qui s’y promènent? Nos travaux apportent des éléments de réponse à cette question à travers une enquête de terrain en France (Département de l’Isère 38 et Région Ile-de-France), au Portugal (Lisbonne) et aux États-Unis (San Francisco, Californie). Cette enquête rend compte de ces milieux jardinés en bord de voie en privilégiant les dimensions sonore, paysagère et sociale. Ces jardins se révèlent parfois remarquables depuis l’intérieur, mais qu’en est-il de leur environnement? En parallèle à cette analyse perceptive et usagère, une analyse environnementale est menée afin d’évaluer la contribution des jardins à la biodiversité fonctionnelle (continuités écologiques) et spécifique (nombre d’espèces) et d’estimer leur degré de pollution (air, sols et végétaux) et son impact sur les jardiniers et les promeneurs. Enfin si ces milieux constituent des lieux de prises pour les habitants ordinaires, promeneurs et jardiniers, qui y trouvent la possibilité d’inventer et de façonner leur quotidien, qui décident et comment du devenir de ces paysages et milieux jardinés? Quelle place et posture(s) les professionnels de la route et des territoires urbains occupent-ils et adoptent-ils en matière de jardins de bord de voies? Des pistes d’actions collaboratives entre acteurs des infrastructures et des territoires locaux sont explorées, et argumentées par les enjeux et critères traversant les facteurs d’ambiances, écologiques et de pollution mis en évidence dans le cours de ces recherches.

Article intégralement accessible sur le site de la revue.

 

Arbres et paysages

Appel à contributions d’articles pour le numéro 16 de la revue Projets de Paysage

Le numéro 16 de la revue Projets de paysage fait suite au colloque « Arbre(s) et paysage(s) » organisé à Blois par l’École de la nature et du paysage dans le cadre de la Biennale nature et paysage 2016 sur le thème de l’arbre. L’arbre, c’est presque l’invariant du paysage reconnu comme le tiers entre société et nature. Objet géographique facilement perçu, l’arbre a du sens puisqu’il participe à la construction de l’espace et à son évolution. À la fois héritage intergénérationnel et ressource pour l’avenir, l’arbre se prête aux recherches au filtre d’une approche plus intégrée, capable de considérer à la fois sa biologie, sa fonction économique, et sa dimension socioculturelle, symbolique et historique.

Le colloque fut l’occasion de croiser les approches de chercheurs, de praticiens et de professionnels de la gestion des territoires autour de problématiques liées à l’arbre et aux paysages.

Ce dossier thématique entend saisir les relations qu’entretiennent les sociétés avec les paysages arborés au regard de diverses approches disciplinaires ou interdisciplinaires, de différents espaces géographiques, échelles de temps et socio-écosystèmes.

L’arbre est une composante essentielle des paysages tant dans les territoires urbains que ruraux. Les réflexions sur le cadre de vie, les trames arborées, mais également sur la gestion et la protection du patrimoine arboré sont portées par les travaux de recherche  éclairant ainsi les enjeux actuels socioculturels, économiques ou écologiques et plus généralement de développement durable liés à l’arbre et aux paysages.

L’objectif de ce numéro est d’explorer les problématiques intégrant arbres et acteurs impliqués dans la connaissance ou l’action sur les paysages arborés.

Voir les thématiques et les modalités de soumission sur le site de Calenda.

Une anthropologie de la nature : face à Gaïa

Conférence, Collège des Bernardins, 31 mai 2016

L’homme n’existe pas en lui-même, mais bien dans, avec et par son environnement. Comment penser ce constat et quelles sont ses implications ?

  • Pierre-Yves Condé, professeur en science politique
  • Philippe Descola, professeur au Collège de France, Chaire d’anthropologie de la nature
  • Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, professeur à Sciences Po et auteur de « Face à Gaïa ».

A regarder et écouter en ligne ici.