ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archive pour février, 2015

L’opium afghan et l’Asie centrale

Chapitre d’ouvrage de Pierre-Arnaud Chouvy paru dans « Eclats d’empires: Asie centrale, Caucase, Afghanistan », Laruelle, L. et Peyrouse. S. (dir), Fayard / Ceri, pp.161-168, 2013

En 1970, l’Afghanistan n’a produit vraisemblablement que 130 tonnes d’opium, et guère plus de 200 en 1980. Mais trois décennies de guerre, de sous-développement et de pauvreté ont constitué un terreau fertile pour la croissance de la production illicite d’opium. L’année où les Soviétiques se sont retirés du pays (1989), la production a atteint 1 200 tonnes. Puis, en 1991, avec 1 980 tonnes d’opium, l’Afghanistan a ravi à la Birmanie sa place de premier producteur illicite mondial. Depuis, la production n’a cessé de croître, que ce soit sous le régime taliban (4 600 tonnes en 1999) ou dans la nouvelle république islamique d’Afghanistan mise en place par la communauté internationale après 2001. En 2007, 8 200 tonnes d’opium ont été produites dans le pays, soit plus que la totalité estimée de la production mondiale l’année précédente (6 100 tonnes). Un recul a été noté depuis (7 700 tonnes en 2008 et 3 600 en 2010), mais l’Afghanistan est toujours à l’origine d’environ 80 % de la production illicite mondiale d’opium.

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Du bois dont on ne fait pas les flûtes. La classification en huit matériaux des instruments en Chine

Article de François Picard paru dans « Études Chinoises », Association française d’études chinoises, 1996, XV (1-2), pp.159-180

La Chine a développé un système original de classification des instruments de musique selon les matériaux qui entrent dans leur fabrication, montrant ainsi dès l’Antiquité une attention jamais démentie envers la diversité et la complémentarité des timbres. Si des raisons idéologiques semblent avoir fixé cette liste au nombre de huit classes, il apparaît que la musicalité même a toujours prévalu sur une application du système des correspondances entre, par exemple, sons et orients. De son côté, la musique des rituels impériaux et des temples confucéens a conservé, à travers cette liste, la mémoire d’un instrumentarium autochtone qui remonte à l’Antiquité préimpériale.

Article intégralement accessible en version PDF (1,29 Mo) sur HAL-SHS.

Les botanistes. Contribution à une ethnologie des passions naturalistes

Ouvrage de Sylvie Magnanon, ed. L’Harmattan, 2015, 164 p.

Les botanistes sont des naturalistes passionnés. Ce livre s’attache à décrire la manière dont leur engouement pour la nature et les plantes se construit et se manifeste. Il dresse la portrait d’un univers particulier où esthétique, connaissance scientifique et éthique entrent en résonance. Il montre qu’au-delà de leurs singularités, les botanistes forment une communauté de pratiques et de valeurs.

 LES BOTANISTES Sylvie Magnanon

Ouvrage à commander ici.

Les Routes de la Lavande : au carrefour du développement culturel et de la valorisation de la ressource

Communication de Romain Monge, Colloque international, Québec, Canada, 13-15 juin 2012

La lavande française a connu et connaît une dynamique territoriale remarquable, surtout en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, où elle s’intègre dans des réseaux d’échange et de production fortement mondialisés. D’autre part, elle est une représentation symbolique de la Provence. Parallèlement, le tourisme est une base forte de l’économie régionale, puisque près de 220 millions de touristes se sont rendus en région PACA en 2010. Face aux crises de production de la lavande des années 1980 et 1990, il fût primordial d’allier tourisme, Provence et ressource naturelle par le biais des  » Routes de la Lavande « , opération touristique faisant partie du Plan de Relance de 1994. Ces itinéraires revalorisent une espèce qui était devenue un peu désuète, mais met également en scène tout le patrimoine provençal puisqu’ils traversent les petits villages provençaux, les réserves forestières, les parcs naturels… Aussi, ces  » routes  » ont aidé la filière lavandicole à se structurer et à coopérer ensemble : grâce à la mutualisation des idées et des savoir-faire, des unités se sont équipées en matériel High-tech, le développement de la vente directe a donné plus d’indépendance aux producteurs et la lavande redevient un produit noble. En empruntant les nouveaux concepts de la géographie économique, industrielle et culturelle (issus des travaux du Groupe de Recherche sur les Milieux Innovateurs), cette démonstration vise à montrer que la lavande est un hybride entre produit touristique et culturel, et que les  » Routes de la Lavande  » est un concept innovant qui a remis en valeur un produit en perdition et qui a renforcé une filière agricole atypique.

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Fruits et légumes « moches », retour en grâce et en rayon

Reportages de France Culture, 18.02.2015

Près de 30% des fruits et légumes produits en France ne parviennent jamais dans nos assiettes. Parmi ces 30%, près de 10% partent à la benne, sans états d’âme. Trop petits, trop tachés, pas assez colorés… trop différents.

Mais depuis plus d’un an, des labels tentent de réhabiliter ces marginalisés sur les rayonnages des enseignes de la grande distribution en les vendant au rabais. Alors que s’ouvre le Salon International de l’agriculture à Paris, ce 21 février, retour sur un emballement où se mêlent considérations écologiques et quête du bon coup marketing.

Enquêtes à écouter sur le site de la radio.

La gentiane jaune, sa protection et la filière dans le Massif Central

Présentation de Stéphanie Flahaut (CPPARM) lors d’un Café Phyto, 22.02.2014, Clermont-Ferrand

Plante des estives présente sur la majorité des massifs français, la gentiane jaune, dont on exploite la racine depuis plus de 200 ans, est  essentiellement issue de l’exploitation des sites naturels du Massif central. Cette plante médicinale emblématique de l’Auvergne est riche en principes amers et en xanthones (colorants jaunes). Elle intéresse fortement l’industrie agroalimentaire et entre dans la composition de nombreuses liqueurs et eaux de vie,  fabriquées dans le Massif central mais aussi dans d’autres régions de France et d’Europe. Dans le Massif central, la production dépasserait les 1000 tonnes de racines fraîches / an. Une production stable à laquelle peut subvenir la ressource naturelle si elle est gérée convenablement.

Téléchargez ici la présentation au format PDF.

La cueillette des plantes sauvages sur le territoire du CBN Massif central : état des lieux et perspectives

Rapport de mission de Violaine Laucoin, Conservatoire Botanique National du Massif Central, 2012, 188 p.

Régulièrement sollicité sur l’état des ressources végétales sauvages tant par les professionnels de la cueillette eux-mêmes que par les services de l’État ou les organismes de préservation de l’environnement, le CBN Massif central a réalisé, en 2012, par l’intermédiaire d’un stage assuré par Violaine Laucoin, étudiante en Master II à l’Université Paul Verlaine (Metz), une étude visant à réaliser un état des lieux de la cueillette amendé des connaissances acquises par le CBN. Cette étude a bénéficié d’un appui technique de la DREAL Auvergne, de la Société d’intérêt collectif agricole de la région Auvergne des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (SICARAPPAM), du Syndicat inter-massif pour la production et l’économie des simples (SIMPLES), et de l’Association française des cueilleurs (AFC).

En analysant l’abondante bibliographie ethnobotanique disponible sur le Massif central et les données de l’INSEE, cette étude a, en premier lieu, resitué la cueillette dans un cadre national, puis mis en évidence l’importance économique et culturelle de certaines cueillettes « historiques » (Gentiane jaune, Narcisse des poètes, lichens, Arnica des montagnes, Myrtille…) qui ont façonné les savoirs et savoir-faire, et enfin, mis en exergue l’évolution des filières de transformation et la diversification nouvelle des espèces cueillies depuis ces dernières décennies. Ainsi, 257 cueilleurs intervenant sur le territoire d’agrément du CBN Massif central ont été recensés. La plupart officient à travers l’un des trois principaux groupements de cueilleurs (coopératives, syndicats…). Parmi les 700 entreprises identifiées sur le territoire utilisant potentiellement des produits de cueillette, 51 entreprises ont été interrogées sur leur production, leur structure économique et leur potentiel de développement. Ces dernières génèrent un chiffre d’affaire global de plus de 630 millions d’euros et participent à l’emploi de plusieurs milliers de personnes.
D’un point de vue botanique, l’étude de la bibliographie et la réalisation d’enquêtes de terrain ont permis de dresser une liste d’environ 370 espèces cueillies sur le territoire d’agrément du CBN Massif central. Pour chacune d’elle, l’étude s’est intéressée aux modes opératoires et aux territoires cueillis. On apprend alors qu’outre les outils manuels déjà connus, la filière fait appel à de nouveaux engins motorisés permettant des cueillettes de masse : minipelle, taille-haie électrique, peigne mécanisé, tronçonneuse… On apprend également que la flore est collectée dans une large palette de milieux naturels et plus particulièrement en zones de montagne (chaîne des Puys, Livradois, Forez, Devès, Margeride, Cévennes…). À ce titre, l’étude met en exergue la concentration des zones de cueillette sur des zones particulièrement riches d’un point de vue écologique (Parcs naturels régionaux, ZNIEFF, sites Natura 2000…).
Si certains volumes importants concernent des espèces communes (> 121 tonnes / an de racines fraîches de Gentiane jaune, > 12 tonnes / an de Reine des prés sèche, etc.), l’étude met en évidence des collectes d’espèces plus rares dont l’impact reste peu connu : Atropa belladona, Calendula arvensis, Teucrium scordium, Pyrola rotundifolia, Ephedra dubia…
Enfin, parce que la cueillette est exercée avant tout par des hommes et des femmes qui vivent sur le territoire, l’enquête auprès des acteurs de la cueillette a cherché à mieux connaître les professionnels de la cueillette et leurs attentes vis-à-vis des services de l’État mais aussi des institutions techniques et scientifiques dont fait partie le CBN Massif central. Quelles sont les difficultés du métier ? Quels outils seraient à mettre en œuvre pour mieux connaître, préserver et gérer les ressources ? Quels échanges d’informations imaginer entre les organismes chargés de la préservation de l’environnement et les entreprises exploitant les ressources végétales sauvages ? Quelles valorisations culturelles pourraient être envisagées autour de ce dialogue ? Pour tenter d’y parvenir, l’étude a notamment fait l’objet d’une présentation auprès de 80 acteurs de la cueillette et de la préservation de l’environnement, le 14 décembre 2012, à Lempdes. Celle-ci fut l’occasion de débattre de certains points de vue et d’entamer un dialogue sincère associant tous les acteurs de la filière, pour que la richesse floristique du Massif central héritée d’un long passé agropastoral et traditionnel, demeure préservée, partagée et valorisée.

Téléchargez l’étude en intégralité (version PDF, 21,2 Mo) sur le site du CBN.