ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Cultiver une terre nourrie par la pourriture des corps et celui de l’azote des explosifs

Reportage de Denis Cheissoux, émission « CO2 mon amour », radio France Inter, 09.11. 2014

Denis Cheissoux est allé à la rencontre de Noël Genteur, agriculteur bio installé à Craonne, sur le chemin des Dames. Comment vit-il cette terre, qui a été une terre de douleur ? Les coquelicots et les bleuets y poussent bien à cause d’un engrais particulier : la terre y est certes retournée, mais elle est surtout nourrie par la pourriture des corps et celui de l’azote des explosifs et du salpêtre. Noël Genteur travaille et vit dans le vallon de Bonneval, sur le chemin des Dames qui sépare la vallée de l’Aisne de celle de l’Ailette. Ici, ce sont les filles de Louis XV qui étaient les Dames qui empruntaient ce chemin pour se rendre au château de la Bove. Mais l’histoire a retenu l’existence de ce chemin des Dames pour le massacre des troupes françaises durant la Première Guerre mondiale. En avril 1917, il y a eu 96 000 Français qui ont été massacré en l’espace de 10 jours. Comment vivre aujourd’hui, cultiver avec cette histoire ?

Il faudra quatre à cinq générations pour revenir à un aspect visuel et agronomique à peu près normal. Le sol a été complètement perturbé. Au 19e siècle, sur cette terre il y avait des maraîchers et des vignerons. Les obus ont perturbé les horizons agricoles. Ils ont remélangé la roche mère en dessous avec les surfaces. C’est devenu une terre pleine de cailloux… Et c’est cela, au-delà même de toutes les traces physiques que la guerre a laissé – morceaux d’obus et autres cartouches que la terre ne veut pas digérer – qui pertube les agriculteurs aujourd’hui. « Il y a un endroit où on ne peut pas arracher les pommes de terres avec les machines tellement il y a de pierres » explique Noël Genteur. « C’est une conséquence de la guerre qui va durer encore des siècles parce qu’il n’y a plus personnes pour ramasser les pierres. »Cette histoire de la terre est aussi ce qui a amené Noël Genteur à l’agriculture bio : « Pour faire du bio maintenant, il faut avoir une certaine dose d’inconscience, ou un excès de passion pour la terre – et en même temps un certain désintérêt pour l’argent. » Il cite aussi son grand-père :  » « Celui qui plante une épine, il ne peut pas récolter de pommes ». À 80 ans, un paysan plante encore des arbres pour les générations à suivre. C’est ça, la vraie paysannerie. Eux, on leur a tout détruit. Et ils ont gardé cet espoir-là, cette force de la vie. C’est le contraire de leur société maintenant. Maintenant on veut avoir du profit avant d’avoir travaillé. »

Denis Richard, pharmacien au CHU de Poitiers, a écrit « Plantes de poilus » (éditions Plume de carottes, 2014). Il explique pourquoi on appelait le coquelicot « la fleur des batailles », et évoque quelques plantes de batailles moins connues comme le bleuet, le myosotis, le coquelicot violet…

A écouter ici.

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