ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Des archéologues de l’Institut Weizmann déterminent l’âge des « tombes fleuries »

Article de  Nicolas Panayotis paru dans les Bulletins Électroniques, 2.09.2013

La fleuraison des sépultures : un marqueur sociologique très ancien
Il paraît anodin de voir des fleurs orner les tombes dans les cimetières contemporains. Pourtant, cette pratique semble liée à certains rites introduits durant la préhistoire. Déjà, à l’époque, les proches du défunt avaient pour habitude d’exprimer leurs sentiments à l’aide des fleurs. Comme le soulignent des chercheurs de l’Institut Weizmann, les habitants du Mont Carmel (situé dans le nord d’Israël) enterraient leurs morts sur des lits de fleurs sauvages odorantes. L’introduction de ce rite et l’utilisation des fleurs servant à assurer un passage agréable vers « l’au-delà ».

Des tombes fleuries vieilles de plus de 10.000 ans !
Les recherches menées par la docteur Elisabetta Boaretto de l’Institut Weizmann (Rehovot, Israël), basées sur la datation au carbone radioactif, ont permis de déterminer l’ancienneté des premières tombes fleuries : entre 11 700 et 13 700 ans. Cette chercheuse fait partie d’un consortium international dirigé par le professeur Dani Nadel (Université de Haïfa, Israël) qui a effectué les excavations sur le site de la grotte « Raqefet » en mer Méditerranée. Ce lieu était autrefois habité par les Natoufiens, une société de chasseurs-cueilleurs répandue dans le Moyen-Orient. Les travaux de ce groupe de chercheurs 2] viennent récemment d’être publiés dans le prestigieux journal Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS).

Une archéologie « technologique » à l’Institut Weizmann
La Dr Boaretto et son équipe examinent actuellement plusieurs questions fascinantes concernant ce passé lointain. Parmi elles : Qui sont les humains modernes ayant quitté l’Afrique pour progressivement remplacer l’homme de Neandertal au Proche-Orient et en Europe? Comment pourrait-on utiliser des petits minéraux issus de plantes pour dater des sites antiques ? Enfin, l’effondrement des empires de l’Age du Bronze ancien n’aurait-il pas eu lieu plus tôt que ce que l’on croit aujourd’hui ? Toutes ces questions sont étudiées à l’aide d’un équipement de pointe, comme un nouveau type de spectrophotomètre, baptise D-REAMS (pour Dangoor Research Accelerator Mass Spectrophotometer). Ce matériel permet de déterminer l’âge des échantillons archéologiques par la mesure du ratio en carbone 14 par rapport aux atomes de carbones stables, les carbones 12 et 13. En effet, le carbone 14 décroît au cours du temps : moins il y a de carbone 14 par rapport aux carbones stables, plus vieux est l’échantillon. Le système utilisé, installé sur le site de l’ancien accélérateur de particule de l’Institut Weizmann, est le plus avancé dans sa catégorie et le premier du genre dans tout le Moyen-Orient.

Dans ce cadre, analyser des échantillons de très petite taille devient crucial. L’objectif affiché est de développer une approche entièrement nouvelle pour la datation des sites archéologiques. L’approche se fonderait sur l’analyse de quantités infimes de matière organique piégée à l’intérieur des phytolithes (des fossiles microscopiques de silices produits par les plantes). Bien que la matière organique des plantes se désintègre rapidement, les phytolithes inorganiques restent intactes pendant des millénaires et pullulent sur de nombreux sites archéologiques. Leur analyse reste toutefois un défi de taille, car les phytolithes ne contiennent seulement qu’environ 0,1% de matière organique.

Une technologie pour revisiter les théories
Dans un projet annexe mené par la Dr Boaretto et son étudiante Johanna Regev, D-REAMS a été appliqué à une époque plus récente, l’Age de Bronze ancien, que l’on croyait terminée il y a environ 4 300 ans. Une période riche, durant laquelle l’écriture a été développée et les premières cités-états créées en Mésopotamie. L’explication classique de l’abandon des villes de la région et de la fin de cette époque s’appuie sur les conditions climatiques hostiles et une terrible sécheresse  De manière surprenante, les deux chercheuses du Weizmann apportent désormais un nouvel éclairage (du moins en ce qui concerne l’ancien Israël) : les villes auraient été abandonnées 200 ans plus tôt que ce que l’on pense, ce qui met en doute le rôle des conditions climatiques. La technologie ouvre ainsi la porte à des investigations plus précises, qui bénéficieront à une meilleure compréhension de l’Histoire.

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