ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur le sujet

Archives de mai, 2013

Rue des plantes

Article de Pascal Clerc paru dans le Carnet « Géographies buissonnières« , 28 mai 2013

« Son véritable nom, c’est la rue de l’Arc ; une ruelle plutôt, pas très large et pas très longue, dans le quartier populaire et bigarré de Noailles, à Marseille. Nous ne pouvions pas la manquer la rue des plantes : un couloir de verdure. Partout, dans des poubelles, des pots, des bacs, des plantes discrètes ou exubérantes, avec de larges feuilles vernissées ou de longues tiges… »

Noailles

Lire la suite sur le Carnet.

Les jardins collectifs, entre nature et agriculture

Article de Pascale Scheromm paru sur le site de Metropolitiques.eu, 13 mai 2013

Les jardins collectifs peuvent-ils renouveler les relations des citadins avec l’agriculture et l’alimentation ? À partir du cas de Montpellier, Pascale Scheromm met en évidence leurs fonctions alimentaire, économique, sociale, mais aussi les investissements différenciés qu’ils suscitent.

A lire ici.

[Info du Cresson]

Analyse des rapports entre l’organisation spatiale et la gestion des ressources renouvelables appliquée aux paysages de châtaigneraie en Cévennes

Thèse de Denis Gautier, Université d’Avignon (Géographie), 28/06/1996, Jean-Paul Cheylan (Dir.), 358 p.

L’objectif de ce travail est de comprendre les rapports entre l’organisation du territoire, détectable dans le paysage, et la gestion des ressources renouvelables. L’étude est appliquée aux paysages de châtaigneraies en Cévennes. La démarche d’analyse a une entrée spatiale. Elle part d’un état des lieux qui conduit à choisir, dans le domaine d’étude, l’entité spatiale la plus pertinente pour expliquer les aspects naturels et sociaux de la mise en valeur du territoire par l’homme. Pour les Cévennes, l’entité choisie est le quartier rural, qui est le motif élémentaire d’organisation des paysages. Il est composé d’éléments de paysage en interaction. Il peut être combiné à d’autres motifs pour former les paysages. Cela relie le quartier aux autres niveaux d’organisation spatiale. Pour comprendre les aspects spatiaux de la mise en valeur du territoire, une analyse spatiale de type hypothético-déductif suit cet état des lieux. Le motif de quartier est modélisé suivant les principes de la modélisation graphique. Les hypothèses d’organisation spatiale sont validées en partie grâce à la mise en œuvre d’un SIG. La règle spatiale fondamentale de la mise en valeur du territoire est un modèle centre-périphérie, avec une dualité marquée entre l’espace de mise en valeur intensive (bâti, terrasses, prairies, vergers) et l’espace de mise en valeur extensive (châtaigneraies, landes, boisements divers). Cette structure élémentaire est déformée par un système de pente jouant au niveau régional par des gradients d’altitude, et au niveau local par la topographie qui contraint la mise en valeur des terres. L’analyse spatiale est raccordée à une analyse en profondeur des éléments de paysage, par laquelle sont étudiés l’histoire, le fonctionnement et les dynamiques de chacun d’eux, considérés dans leurs aspects spatiaux. Cela permet de valider des hypothèses de mise en valeur du territoire et d’en faire émerger de nouvelles. L’étude des éléments de paysage permet d’établir des modèles de gestion des ressources. En particulier, une typologie des châtaigneraies est proposée, selon des critères spatiaux. Des modèles de fonctionnement sont construits pour chaque type. L’articulation entre le modèle spatial du quartier et le fonctionnement des éléments de paysage permet de comprendre les rapports entre l’organisation du territoire et les pratiques rurales. Des modèles graphiques spatio-temporels sont proposés pour les pratiques de gestion des ressources renouvelables qui s’exercent sur les paysages à châtaigneraie cévenol (élevage, gestion du feu, récoltes, cueillettes, chasse). Ces modèles synthétisent la transcription spatiale de ces pratiques au cours de l’année. Leur mise en correspondance permet de déceler les enjeux spatiaux de la gestion des ressources et les confrontations entre acteurs qu’ils génèrent. Enfin, les rapports entre l’organisation du territoire et la gestion des ressources sont considérés sous l’angle de leurs dynamiques. Pour comprendre l’évolution de la mise en valeur de petits territoires cévenols, trois méthodes d’analyse sont mises en œuvre : la comparaison par un SIG de deux états successifs d’un même territoire ; la mise en relation par un SIG d’un état de référence du territoire avec la chronique des événements qui l’ont modelé ; le croisement des modèles de fonctionnement des types de châtaigneraies avec une matrice d’évolution des surfaces au cours du temps. Une synthèse montre comment ces trois méthodes peuvent être intégrées pour la gestion de l’espace rural.

Thèse intégralement accessible en version PDF (18.2 Mb) sur HAL-SHS.

Du jardin comme paysage sacral en Italie à la Renaissance

Intervention de Hervé Brunon parue dans « Paysage sacré et exégèse visuelle du XVIe au XVIIe siècle », Paris : France (2007)

En forgeant, sur la base des travaux d’Alphonse Dupront, la notion de  » paysage sacral « , c’est-à-dire sacralisé, ayant acquis secondairement un caractère sacré, cette contribution vise à éclairer pourquoi les différents traits typologiques du jardin proprement sacré dans l’Antiquité – selon les principales conceptualisations du sacré élaborées en anthropologie depuis Émile Durkheim – s’appliquent si difficilement pour les jardins en Italie à la Renaissance, et en quoi la survivance de la mythologie dans le répertoire iconographique et sur le plan imaginaire, animant le paysage de présences divines et  » peuplant l’univers d’élégants fantômes  » comme le dira Chateaubriand, vient troubler – en posant à l’historien l’épineuse question de la tentation humaniste du syncrétisme – l’éventuelle valeur religieuse du jardin, qui, toutefois, s’appréhende d’autant mieux que l’on tient compte de ce paradigme culturel fondamental du paysage issu des premiers siècles du christianisme qu’est le désert, postérieurement assimilé à la montagne et à la forêt.

Texte intégralement accessible en version PDF (260.7 Kb) sur HAL-SHS.

L’art du jardin avec Patrick Jouin et Thierry Huau

Émission « La Grande Table », France Culture, 16 mai 2013

Avec
Patrick JOUIN, designer, avec une « carte verte » au Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire
Thierry HUAU, paysagiste, dont l’exposition « L’art du jardin » est au Grand Palais

 Actualité :

– le 400e anniversaire de la naissance de Le Nôtre

– à l’auditorium du Louvre le 25 mai un colloque sur « La promenade au jardin, pratiques spatiales et sociales d’André le Nôtre à nos jours » à l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance

Émission à ré-écouter sur le site de l’émission.

Vers une nouvelle démarche de conception des bétons de végétaux lignocellulosiques basée sur la compréhension et l’amélioration de l’interface liant / végétal : application à des granulats de chenevotte et de tige de tournesol associés à un liant ponce / chaux

Thèse de Vincent Nozahic, Université Blaise Pascal – Clermont-Ferrand II (Génie civil), 19/09/2012, Sofiane Amziane (Dir.), 333 p.

L’utilisation de ressources lignocellulosiques renouvelables connaît à l’heure actuelle un indéniable regain d’intérêt pour l’élaboration de matériaux de construction. Partant de ce constat, un premier axe de travail a vu l’élaboration de bétons de végétaux constitués de granulats de végétaux lignocellulosiques et d’un liant pouzzolanique. Les broyats de tige de chanvre et de tournesol ont ainsi été sélectionnés pour leurs similarités et leur disponibilité dans la région Auvergne. En parallèle, un liant pouzzolanique constitué de 80% en masse de sable de ponce volcanique provenant d’une carrière locale, de 20% de chaux aérienne et d’un activateur a été formulé. Les résultats obtenus montrent la similitude des caractéristiques des granulats de chanvre et de tournesol ainsi que des performances mécaniques et thermiques des bétons légers (<500kg.m-3) constitués de ces végétaux. Les matériaux formulés satisfont aux critères fixés dans les règles professionnelles de la construction en chanvre. Dans un deuxième axe de travail, l’analyse bibliographique réalisée a permis d’identifier la qualité d’interface entre les particules végétales et le liant minéral comme un des principaux verrous scientifiques concernant les bétons de végétaux. Les problèmes de prise à coeur de ces matériaux mériteraient en effet d’être reliés avec ceux observés à l’interface liant/bois. Deux voies d’amélioration sont ainsi explorées dans une approche multi-échelles mêlant analyses physico-chimiques et essais mécaniques : le traitement préalable des particules végétales et l’adjuvantation spécifique du liant. La première stratégie a consisté à réaliser sur les granulats végétaux deux types de modifications : un recouvrement à l’huile de lin et un traitement en solution aqueuse de Ca(OH)2. Afin d’analyser à court terme l’interaction entre les particules ainsi modifiées et le liant frais, un dispositif de mesure spécifique dit de la plaque immergée est utilisé. Les résultats montrent une amélioration de l’interphase liant/végétal après le traitement des granulats en solution de Ca(OH)2. De façon surprenante, les performances mécaniques des bétons de végétaux chutent lorsque les granulats sont préalablement traités. Cette approche, en plus d’être contraignante d’un point de vue industriel, ne résout donc pas de façon satisfaisante les problèmes d’interfaces liant/bois. La seconde stratégie mise en place a nécessité l’intégration dans le liant d’un adjuvant rétenteur d’eau de type éther de cellulose dans des proportions variant de 0,5 à 1,5% par rapport à la masse des poudres. Les observations d’échantillons réalisées au MEB et couplées à une analyse EDX soulignent l’aptitude de l’éther de cellulose utilisé à améliorer les interfaces liant/bois. Une explication de l’action de ces molécules polymères sur les interfaces, basée sur la bibliographie et l’analyse du liant, est proposée. Cette approche a permis l’élaboration de bétons de végétaux immédiatement démoulables, à la compactabilité et la cohésion accrue et dont les propriétés mécaniques sont améliorées par rapport aux solutions en usage. Notons que cette amélioration n’est pas effectuée au détriment des propriétés thermiques. L’utilisation dans les bétons de végétaux d’un rétenteur d’eau ouvre dès lors des perspectives de développement : blocs préfabriqués, enduits légers, murs de béton projeté…

Thèse intégralement en accès libre en version PDF (19,4 Mb) sur TEL.

Gros plan sur… La thèse de Stéphanie Barral, sur le nouvel esprit du capitalisme agraire : les formes de l’autonomie ouvrière dans les plantations de palmier à huile en Indonésie

Chaque mois, le carnet du RT12 braque le projecteur sur un travail de recherche en cours, thèse de doctorat ou projet. Cette fois-ci ils se sont intéressés au travail de Stéphanie Barral, qui en octobre 2012 a soutenu sa thèse, réalisée au Centre Maurice Halbwachs à l’EHESS sous la direction de Serge Paugam, avec le soutien financier, scientifique et logistique du CIRAD.

Ouvrier récoltant un régime de palmier à huile

Votre thèse s’intitule : “Le nouvel esprit du capitalisme agraire : les formes de l’autonomie ouvrière dans les plantations de palmier à huile en Indonésie”. Comment en êtes vous venue à travailler sur ce sujet ?

Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur agronome à Montpellier SupAgro, j’ai souhaité compléter ma connaissance de l’agriculture par celle des sciences humaines. J’ai alors eu la chance de bénéficier d’une allocation fléchée du CIRAD qui ciblait l’étude du changement social en lien avec le développement des plantations de palmier à huile en Indonésie.

Lors de la première année de thèse, et au fil des lectures, je me suis rendue compte que les travaux de sociologie rurale étaient majoritairement orientés vers la paysannerie, et ceux de sociologie du travail vers les secteurs secondaires et tertiaires. C’est pourquoi j’ai alors choisi comme objet de recherche le salariat des grandes plantations privées, en croisant les angles morts des deux disciplines.

L’étude des plantations présente aussi des intérêts au regard des enjeux et problèmes contemporains. Avec la mondialisation, l’expansion massive d’une agriculture de firme hautement capitalistique sur l’ensemble de la planète est à l’œuvre, et les surfaces plantées en palmier à huile participent de ce mouvement : en Indonésie elles ont été multipliées par un facteur 10 depuis les années 1970, faisant du pays le premier producteur et exportateur mondial.

De ce fait, la production de palmier à huile est depuis le début du siècle la cible d’une critique environnementaliste prononcée dans les arènes internationales. En comparaison des arguments écologiques, les recherches sur les aspects sociaux de cette production à grande échelle font défaut : la dernière recherche sur les ouvriers de plantation indonésiens, d’Ann Stoler, remonte à 1985. Ainsi, ma recherche de doctorat propose des éléments de réflexion sur les aspects sociaux de cette controverse.

Quels cadres théoriques avez-vous mobilisé pour aborder ces questions ? Avec quels résultats ?

Mon travail est fondé sur une approche compréhensive wébérienne. Je me suis intéressée aux expériences vécues des ouvriers agricoles et de leurs familles, à leurs trajectoires de vie, que j’interprète au regard de l’histoire sociale des plantations indonésiennes pour en déterminer les ruptures et les continuités.

C’est via la notion d’ « état du capitalisme » que je parviens à faire le lien entre les trajectoires des ouvriers et leur environnement social. Mon cadre d’analyse est ainsi fondé sur les travaux de Luc Boltanski et Eve Chiapello qui caractérisent un état du capitalisme par une combinaison spécifique d’autonomie, de sécurité et de bien commun. La définition de l’autonomie et de la sécurité des ouvriers de plantation constitue le cœur de ma thèse. J’interroge ces deux composantes de la vie ouvrière selon trois rapports : 1) le rapport à l’Etat en tant que fournisseur de protections sociales ; 2) le rapport au travail en considérant que de l’engagement dans le salariat découle un certain niveau de protections et de dépendance / d’autonomie, et ce d’autant plus qu’en Indonésie, le droit du travail légitime l’organisation de tutelles paternalistes pour les salariés (fourniture d’un logement, de soins médicaux, d’accès au système scolaire) ; 3) le rapport aux solidarités primaires, dans le sens où des régimes, publics et privés, de protections sociales peuvent se révéler insuffisants.

Jusqu’en 1979, les familles ouvrières avaient interdiction de compléter leur salaire par d’autres activités économiques. Un démantèlement du régime des retraites, survenu cette année-là, a entrainé un changement majeur dans les politiques d’encadrement et dans les trajectoires ouvrières. Dès lors, les horaires de travail ont été aménagés et la liberté d’entreprendre accordée afin de donner aux familles ouvrières les moyens d’épargner et d’investir pour combler les lacunes du système social. Je montre dans ma thèse que ce changement d’état du capitalisme a entraîné l’apparition de deux nouvelles formes d’autonomie : l’« autonomie contrôlée » de certains ouvriers, qui n’arrivent pas à se constituer un capital suffisant à l’arrivée de la retraite, et l’« autonomie conquise » d’autres ouvriers qui connaissent un enrichissement par l’accession à la propriété foncière.

Comment enquêtez-vous sur ce terrain ? Quelles données mobilisez-vous ?

Pour ce travail, j’ai passé plus d’une année en Indonésie et l’approche du terrain s’est faite en deux étapes. Je souhaitais enquêter au plus proche du quotidien des familles ouvrières des plantations, en habitant avec elles. Après des négociations un peu difficiles avec les dirigeants des plantations, j’ai obtenu des autorisations pour aller enquêter dans une première plantation dans la province de Sumatra Nord, où je suis restée cinq mois. Trois sessions d’observation participante chez des familles ouvrières m’ont permis de réaliser une étude exhaustive de cette plantation. Ensuite, à cette démarche d’immersion totale plutôt éprouvante, j’ai préféré mener des enquêtes dans des plantations sans partager la vie quotidienne avec les familles. C’est ainsi que j’ai organisé les études des cinq plantations supplémentaires, qui m’ont permis de vérifier les résultats du premier cas étudié et de monter en généralité dans l’interprétation des données.

Les données récoltées sont principalement issues d’entretiens avec des ouvriers ou des membres de leurs familles. Lors des échanges, je retraçais l’histoire des familles, je m’intéressais à leurs budgets mensuels, à leurs pratiques d’épargne et d’investissement, à leurs représentations du travail et des compagnies de plantation, à leurs projets d’avenir et leurs stratégies pour y parvenir. Je complétais aussi ces informations avec des entretiens de contremaîtres, de managers, de dirigeants, et de personnes ressources extérieures aux plantations telles que des chefs de villages alentours.

[Reproduction intégrale de l’article du Carnet du RT12 de l’Association Française de Sociologie]