ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Koelreuteria paniculata. Jefferson, le sphinx et les fleurs

Article de Hervé Dumez paru dans Le Libellio d’Aegis 7, n°3 – Automne (2011), pp 49-55

C’est un arbre de Chine. Il fleurit l’été en panicules, c’est-à-dire en grandes grappes désordonnées de fleurs jaunes, qui, à la fin de la floraison, tombent sur le sol en une pluie d’or. Pour cette raison sans doute, on le plantait sur la tombe des mandarins. Les Chinois n’aimaient pas les missionnaires qui furent toujours mal reçus dans l’empire. Mais ils faisaient une exception pour les Jésuites qui s’intéressaient à leurs traditions et à leur langue, et qui leur apportaient des savoirs utiles, comme la cartographie. Le père Pierre-Nicolas le Chéron d’Incarville arriva à Pékin en 1740. Il n’en repartit jamais. Il rédigea bientôt un dictionnaire de Chinois qui fait encore autorité mais sa passion était la botanique. Elle le rapprocha de l’empereur, grand amateur de fleurs, dont il devint l’intime et le jardinier. Le premier, il décrivit un fruit savoureux que les Chinois de la vallée du Yang Tsé cueillaient à l’état sauvage, le Yang Tao, connu bien plus tard comme le kiwi. Il correspondait avec tous les botanistes d’Europe, à qui il envoyait des graines par la caravane de chameaux qui, tous les trois ans, arrivait de Russie à Pékin. C’est dans un envoi qu’il fit à Bernard de Jussieu en 1747 que les graines de l’arbre à pluie d’or arrivèrent au Jardin du Roi. Les botanistes s’écrivaient pour se tenir au courant de leurs découvertes. Joseph Gottlieb Koelreuter était professeur d’histoire naturelle et directeur du jardin botanique de Karlsruhe. Sur des plans de tabac, il faisait des expériences touchant à l’hybridation qui annonçaient celles de Mendel. Il fut le premier à démontrer le rôle des insectes et du vent dans la pollinisation des fleurs. En hommage à ses travaux, l’arbre à panicules fut nommé Koelreuteria paniculata.

Article intégralement accessible en version PDF (958,2 Kb) sur HAL-SHS.

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