ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archives de août, 2011

Nouvelles formes de valorisation territoriale en agriculture, le cas de l’arboriculture de la Moyenne Vallée du Rhône

Thèse de Cécile Praly, Université Lumière – Lyon II (Géographie), 30/06/2010, Claire Delfosse, Jean Pluvinage (Dir.), 429 p.

L’arboriculture de la Moyenne Vallée du Rhône, concurrencée par les pays à faible coût de production, subit une importante crise structurelle. Dans ce contexte, nous interrogeons les liens existants entre l’arboriculture et ses territoires. Ils peuvent en effet constituer des ressources mobilisées par les acteurs locaux pour développer des formes de valorisation territoriale. Le modèle productif historique de l’arboriculture de la Moyenne Vallée du Rhône, celui de bassin de production-expédition, est aujourd’hui remis en question par deux tensions opposées. La première, dite  » centrifuge « , est exercée par les principaux expéditeurs qui élargissent leur aire d’approvisionnement au-delà de celle du bassin de production pour être capables d’offrir des volumes de fruits standardisés satisfaisant à la demande des grands distributeurs. A l’inverse, un ensemble de tensions  » centripètes  » produisent un effet de morcellement interne au bassin, résultant des initiatives d’identification territoriale des fruits portées par les producteurs. A l’intersection de ces tensions, les arboriculteurs développent des stratégies pour maintenir la viabilité économique de leurs exploitations. La tendance est d’ajouter aux circuits d’expédition existants de nouveaux débouchés qui valorisent plusieurs proximités entre production et consommation. Nous décrivons ainsi des  » circuits de proximité  » pluriels et multi-scalaires, où interviennent différents types de professionnels (grossistes, détaillants, IAA), de consommateurs (habitants ou plus éloignés) et de modes de commercialisation. S’articulant entre concurrence et complémentarité au bassin de production-expédition, ces circuits bénéficient de soutiens de la part des collectivités territoriales. La conclusion de la thèse propose une caractérisation des différents circuits de proximité ainsi qu’un cadre théorique pour penser la diversité des formes de valorisation territoriale en agriculture.

Thèse intégralement accessible en version PDF (29,6 Mb) sur TEL.

Manifestations autour des huiles essentielles et des plantes aromatiques et médicinales

Du 6 au 8 septembre 2011, à Digne-les-Bains (04, France), se déroulent conjointement la 30ème édition des Journées des Huiles Essentielles et la 3ème édition du Congrès international PAM (Plantes Aromatiques et Médicinales). Organisée par l’Association pour la Promotion des Plantes à Parfums Aromatiques et Médicinales (APPAM) et le Pôle de compétitivité PASS, cette manifestation scientifique et économique réunira chercheurs et entreprises lors de conférences et d’ateliers de formation. A cette occasion sera créée une Fédération Internationale des Plantes à Parfums, Aromatiques et Médicinales.

Voir le programme des journées sur le site de l’Appam.

Guide de la flore de Mayotte

Ouvrage de C. Amann, G. Amann, R. Arhel, V. Guiot, G. Marquet, 370 p. , 29 euros

Après un guide exhaustif sur les oiseaux de Mayotte paru à la mi-2008, l’association « Les Naturalistes – Environnement et patrimoine de Mayotte » vient de sortir un nouveau guide de la flore de Mayotte de 370 pages, décrivant 293 espèces de plantes sous la forme de monographies ou de portfolios, sur les plus de 1.300 espèces que notre île abrite. Un ouvrage de qualité, le premier du genre, qui pourra être utilisé par tous les botanistes amateurs, mais aussi par les enseignants et leurs élèves.

« C’est la première fois qu’il y a une publication d’une telle importance sur la flore de Mayotte », s’est enorgueilli Michel Charpentier, le président des Naturalistes, lors d’une conférence de presse vendredi dernier au Smiam. Il n’y avait avant que 50 fiches pratiques éditées par la Daf il y a quelques années, ainsi qu’un premier guide sommaire des Naturalistes sur la faune et la flore, mais épuisé depuis 2006.

Le chantier de ce nouvel ouvrage a démarré il y a 3 ans pour les 5 auteurs, 4 enseignants de biologie aujourd’hui repartis du territoire, assistés par Valérie Guiot, créatrice du sentier ethnobotanique de l’écomusée de Jimawéni, aujourd’hui chargée de mission à l’antenne de Mayotte du Conservatoire botanique national de Mascarins (CBNM). Les plantes sont présentées par milieux (forêts humide et sèche, littoral, ripisylve, padzas) et par ensembles particuliers (plantes à épices et à parfums, cultivées et ornementales), avec des cartes de l’île pour connaître leur répartition géographique.

Ce guide s’adresse à tous les publics : « Les photos de bonne qualité sont suffisantes pour déterminer les plantes pour le néophyte, et les descriptions assez rapides mais suffisantes pour les passionnés », résume M. Charpentier. L’échantillon s’est voulu le plus représentatif de la flore de l’île : « Nous avons choisi les plantes les plus visibles des milieux étudiés », explique Mme Guiot. Celles qui font partie des 111 espèces protégées par arrêté préfectoral sont identifiées par un logo et un fond de page différent. L’usage médicinal ou artisanal des plantes est également abordé.

La préface a été écrite par feu Jean-Noël Labat, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, un spécialiste des plantes tropicales qui a aidé à l’identification de certaines espèces, quelques mois avant sa disparition. L’introduction du guide a été rédigée par Fabien Barthelat, ancien chargé de mission biodiversité terrestre à la Daf de 2000 à 2007, aujourd’hui assistant technique Initiative Caraïbes à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Guillaume Viscardi, du CBNM, y rapporte également les enjeux de la conservation de la flore et des habitats à Mayotte, tandis que Fabrice Bosca, le conservateur de la Réserve naturelle nationale (RNN) de l’îlot M’bouzi, présente ceux particuliers de la réserve.

Un nouvel outil pédagogique qui devrait bien vite avoir sa place dans toutes les bibliothèques de l’île et celles des collèges et des lycées en particulier. Un lexique au début de l’ouvrage permet d’apprendre des termes très techniques utilisés par les botanistes, tel que ce florilège de noms aux consonances étranges : akène, anthère, arille, bractée, carène, carpelle, corolle, corymbe, cupule, cymule, déhiscence, drupe, épillet, foliole, glomérule, houppier, lenticelle, liber, mucron, ombelle, panicule, pappus, pédicelle, périanthe, phyllode, pinnule, racème, rachis, rhytidome, samare, sore, spadice, sporange, stipe, tépale, tomentum, verticille… Pour les définitions, consultez le guide !

Edité à 2.500 exemplaires, cet ouvrage a été réalisé par la société Armen factory, et a pu voir le jour grâce aux soutiens financiers du Conservatoire du littoral, du Parc naturel marin de Mayotte, du CBNM, de la RNN de l’îlot M’bouzi, et de la Deal.

Julien Perrot

Le patrimoine génétique de L’Homme et les Plantes cultivées : historiographie d’un ouvrage riche en ancêtres et fécond en héritiers

Article de Carole Brousse, paru dans le Portique (revue de philosophie et de sciences humaines)

L’Homme et les Plantes cultivées est un ouvrage écrit à quatre mains par André-Georges Haudricourt et Louis Hédin et publié en 1943 par Gallimard dans la collection « Géographie humaine ». L’ouvrage se démarque par ses ambitions multiples traduisant la perspective pluridisciplinaire de ses auteurs. Seul un retour organisé sur la genèse de l’œuvre permet de saisir comment ce livre deviendra le premier d’une discipline foisonnante : l’ethnobotanique.

Article qui fait partie d’un  numéro spécial sur André-Georges Haudricourt, et qui sera disponible en texte intégral en août 2013.

Le documentaire « Mauvaises herbes » est en ligne

Le documentaire « Mauvaises herbes », réalisé par Anne de Giafferri et Gilles Blanchard, diffusé sur France 3 le lundi 15 août 2011 est actuellement disponible en ligne jusqu’au 22 août.

Les plantes ont toujours été dotées de pouvoirs et de propriétés guérisseuses. Les pharmacies ne sont-elles pas envahies aujourd’hui de produits essentiellement constitués de plantes naturelles ? On pourrait presque dire que ce mouvement est un peu tendance, à la mesure aussi de la mise en cause répétée de la mise sur le marché pour des effets dévastateurs des médicaments traditionnels.
Et nous sommes tous, peu ou prou, consommateurs – quelquefois même malgré nous – de certaines plantes pour certains effets.
On a retrouvé chez les guérisseurs et botanistes d’autrefois les connaissances de la phytopharmacie d’aujourd’hui. De la Corse à l’Italie, en passant par la Grèce et le Maroc, nous découvrons l’utilisation première et ancestrale des plantes sauvages du bassin méditerranéen mais aussi leur usage contemporain.
Une connaissance empirique pour un usage domestique, une recherche scientifique pour un usage industriel ou commercial, quelle est la place de ces savoirs botaniques dans notre société ?

La case de l’oncle doc / Mauvaises herbes
Un film réalisé par Anne de Giafferri et Gilles Blanchard
Une coproduction Agat films Ex nihilo et France Télévisions (France 3 Corse)

Visionnage en ligne jusqu’au 22 août 2011.

Traditional Therapeutic Knowledge of the Bunong People in North-eastern Cambodia

Ouvrage (en anglais) de Nicolas Savajol, Vanny Tuoun et Sam John (2011), Phnom Penh : Nomad RSI, 116 p.

Depuis les premières recherches menées en 1997 sur l’utilisation des plantes antipaludéennes par les guérisseurs de la province cambodgienne du Mondulkiri, Nomad RSI a continuellement étudié et documenté les savoirs des guérisseurs locaux. Ce livre contient une partie de ces informations, collectées pendant plus d’une décennie, en présentant les guérisseurs, leurs pratiques et les plantes utilisées. Il ne s’agit pas d’un rapport exhaustif sur l’environnement thérapeutique des Bunongs mais d’une introduction à la diversité des pratiques régionales et aux modes de transmission des connaissances, ainsi qu’un aperçu des parcours biographiques de quelques praticiens et des histoires qui mettent en scène les plantes comme les esprits. Les caractéristiques contemporaines de la médecine traditionnelle et des connaissances thérapeutiques de ces populations sont expliquées d’une manière accessible à tous. Portraits de guérisseurs, monographies de plantes médicinales et cas concrets de pratiques visant à apaiser les maux des patients s’enchaînent au fil d’un ouvrage richement illustré. Tandis que le lecteur profane y découvrira un monde fascinant, le botaniste et l’anthropologue trouveront dans ce volume une multitude d’informations utiles pour l’exercice de leurs recherches.

Voir la table des matières.

Charbons ardents et grains à moudre. Approche archéobotanique du site de Dharih (Jordanie)

Article de Charlène Bouchaud (25 juillet 2011) à lire dans les Carnets de l’Ifpo 

« L’archéobotanique, en tant que science archéologique, s’appuie sur l’étude de découvertes matérielles, les vestiges de plantes, afin d’améliorer notre connaissance du passé en développant un aspect précis, celui des relations entre l’homme et le monde végétal. Cette discipline, dont les balbutiements remontent au XIXe siècle, est le produit d’une rencontre entre deux géants scientifiques, les sciences humaines d’un côté, les sciences de la vie de l’autre. Ses perspectives de recherche, qui soulignent son statut hybride, s’orientent selon deux problématiques : la définition de l’économie végétale des sociétés passées (acquisition et utilisation des végétaux) et la reconstitution des paysages végétaux dans lesquels évoluent ces sociétés.

 
                                                   Grain carbonisé d’orge vêtue (Hordeum vulgare L.)  © Ch. Bouchaud

J’ai commencé la recherche archéologique motivée par une envie d’approcher le quotidien des populations passées ; assez vite, les plantes, pour une question d’affinité, me sont apparues comme un terrain d’étude approprié. Pour ma thèse, j’ai pu m’appuyer sur les apports d’archéologues qui ont travaillé depuis le milieu des années 1980 sur des sites des époques antiques et islamiques du sud du Proche-Orient, comme Dharih et Pétra en Jordanie ou Bosra en Syrie du Sud. Leurs collectes ont permis de rassembler un nombre important de graines et de bois découverts lors des fouilles. Ma participation aux dernières campagnes sur les sites de Dharih et de Bosra m’a donné l’occasion de vivre pleinement cette situation « hybride » de l’archéobotaniste, me conduisant à m’intéresser tant à l’objet végétal – vieux de 2000 ans, minuscule, carbonisé, déformé et pourtant chargé d’informations historiques – qu’au paysage végétal actuel, difficile à appréhender sans clés de compréhension de pure botanique. Une mission de prospection botanique effectuée en avril 2011 dans le but de découvrir la flore printanière m’a définitivement convaincue de la nécessité de développer une approche globale où la division entre sciences humaines et sciences de la vie n’a pas sa place… » (lire la suite sur le carnet)