ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur ce sujet

Archives de juin, 2011

Ethnobotanique et médecine traditionnelle créoles

Ouvrage de Elisabeth Vilayleck, Ibis Rouge Editions, 2011, disponible en version PDF sur Numilog.com (13 euros)

Ce guide d’ethnobotanique fournit des éléments qui doivent permettre de mieux comprendre comment les sociétés créoles se sont insérées dans leur milieu naturel, mais cette insertion est en plein devenir et il ne faudra en aucun cas oublier tout ce que nous devons au monde végétal.
Les savoirs naturalistes disparaissent mais les marques que laissent la plante sont ailleurs, dans notre corps même ; la plante forge notre goût des choses, notre odorat, notre sensibilité, notre façon d’aimer, de manger, de boire, de marcher ; elle habite notre imaginaire ; elle est dans nos proverbes, notre bon sens, notre sens du monde, notre poésie, notre art ; loin d’être objet d’une science obsolète, poussiéreuse, le végétal est au centre de nous-mêmes. Et c’est là le principe fondamental de la phytothérapie : la plante ne guérit pas parce qu’elle contient une quelconque molécule, mais parce qu’elle réintroduit l’homme au sein de la nature.
Lire un extrait ici.

« Pour ne pas disparaître. Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale », de Wade Davis : écologies d’ailleurs

Article de paru dans Le Monde des Livres, 23 juin 2011

A l’entendre parler avec tant de passion, on se demande si cet homme agit sous l’emprise d’une drogue exotique ou d’une idée qui pourrait sauver l’humanité. Wade Davis n’a en effet pas cessé de voyager entre ces deux pôles, les drogues et les idées, pour explorer comment les autres sociétés transforment notre regard sur l’environnement.
Au départ de sa vocation, une hésitation. En 1981, étudiant à l’université de Harvard, il peut aller suivre une série de confé-rences faite par le dalaï-lama, ou bien assister aux cours du fondateur de la sociobiologie, Edward Wilson. Entre la spiritualité exotique et la science réductionniste, Wade Davis choisit l’anthropologie de David Maybury-Lewis (1929-2007), qui défend la cause des Indiens d’Amazonie et polémique avec Claude Lévi-Strauss (1908-2009) sur l’organisation de leur mythologie.
Les yeux de Wade Davis s’embrument lorsqu’il évoque la figure de son maître récemment disparu, et auquel il a dédicacé son dernier livre, issu d’une série de conférences au Canada. Là où Lévi-Strauss, dit-il, décrivait une société masquant ses inégalités sous une apparente harmonie, Maybury-Lewis analysait une course de canoë dont les règles complexes devaient permettre à tous les participants d’arriver en même temps. « Je lui ai dit que si les canoës de bois n’arrivaient pas tous au même moment, la société explosait ». Et il m’a dit, avec son accent anglais qui m’intimidait tant : « C’est exactement cela ! », confie l’anthropologue canadien, de passage à Paris.
Pour cet homme qui a grandi à Vancouver au milieu des Indiens Kwakwaka’wakw (plus connus sous le nom de Kwakiutl), et qui a travaillé comme bûcheron pendant son adolescence, un tel enseignement est une révélation. « J’ai grandi en apprenant que la forêt était faite pour être coupée, parce que cela permettait son renouvellement. Je n’ai pas pris en compte le savoir des sociétés indiennes, selon lequel il faut préserver la forêt parce que chaque arbre contient une divinité. »
Sur le conseil de Maybury-Lewis, Wade Davis travaille avec Richard Schultes (1915-2001), fondateur de l’ethnobotanique. Il parcourt la forêt amazonienne pour identifier de nouvelles espèces de plantes. Jusqu’alors, ce type de travail avait permis à l’industrie pharmaceutique de fabriquer des drogues, comme le curare, la cocaïne ou la quinine. Mais à cette époque, la révolution moléculaire conduit à abandonner l’image de la forêt vierge comme « mine d’or » verte.
Lassé d’observer en solitaire les caractéristiques des plantes pour les envoyer aux musées botaniques, Wade Davis part à Haïti. Il y découvre le poison induisant un phénomène de mort apparente, et explique ainsi le phénomène des zombies qui avait inspiré le cinéma hollywoodien. « J’ai pu rapporter aux Etats-Unis les ingrédients à partir desquels on fabrique ce poison. Aujourd’hui, ce serait impossible : on m’accuserait de bio-piratage, on dirait que je vole le savoir des indigènes. Mon propos n’était pas d’identifier les composants chimiques du poison pour en tirer du profit, mais de montrer que le phénomène des zombies, qui donne une vision négative d’Haïti, a une base réelle. »
Davis veut alors explorer le réseau des sociétés secrètes africaines qui donne sa force au poison, notamment dans le culte du vaudou. « Selon moi, ce n’est pas la drogue qui est efficace mais la métaphysique qui lui est sous-jacente. J’ai remis le phénomène des zombies sur ses pieds en le rattachant à des racines profondes dans le continent africain. » Le livre issu de sa thèse, The Serpent and the Rainbow (1985), est un best-seller, il inspire les studios de cinéma Universal et les romans à l’écrivain Russell Banks.
Ce succès donne à Davis l’envie de devenir lui-même écrivain et cinéaste. Il parcourt le monde en vue d’alerter sur les sagesses indigènes en train de disparaître. « Je suis devenu un activiste. Je voulais que l’anthropologie serve à défendre une cause publique », explique-t-il. Dans chacun des lieux où il se déplace, il travaille avec un spécialiste ayant étudié la société depuis des années : Bruno Manser qui lutta contre la déforestation à Bornéo, Stephen Hugh-Jones qui étudie le chamanisme en Colombie, Nainoa Thompson, maître de l’art de la navigation en Polynésie, Matthieu Ricard, scientifique français devenu moine bouddhiste au Tibet. La revue National Geographic, qui passe alors de la cartographie à la conservation du territoire, lui propose, en 2000, de devenir « explorateur en résidence » à Washington DC. Il saisit cette occasion pour « repérer des histoires à forte résonance métaphorique, porteuses d’un message universel sur la nature de l’existence ».
Lorsqu’on lui fait l’objection (défendue par le biologiste américain Jared Diamond) selon laquelle les sociétés autochtones détruisent l’environnement autant qu’elles le préservent, il s’emporte : « C’est un raisonnement déterministe qui ne prend pas en compte le rôle des idées ! » A ses yeux, la disparition de ces sociétés n’est pas seulement une atteinte aux droits des hommes à la vie, mais la perte d’une possibilité de choisir un autre rapport à l’environnement. C’est pourquoi la curiosité qu’il veut susciter pour ces sociétés est le point de départ d’une conversion intellectuelle, voire spirituelle, conduisant à voir autrement nos problèmes écologiques.
« POUR NE PAS DISPARAÎTRE. POURQUOI NOUS AVONS BESOIN DE LA SAGESSE ANCESTRALE » de Wade Davis. Traduit de l’américain par Marie-France Girod. Albin Michel, « Latitudes », 242 p., 22 €.

Plantes médicinales de Mauritanie. Remèdes traditionnels et guérisseurs du Sahara au fleuve Sénégal

Ouvrage de Michel Thouzery, Abdellahi ould Mohamed Vall et Marie-Françoise Delarozière, 288 pages, association Plantes et Nomades, 32 € TTC, juin 2011
Dans un milieu aussi aride et hostile qu’est le Sahara, l’homme du désert a su comme dans toutes les régions du monde trouver les plantes utiles à sa santé. Arpentant la Mauritanie à la recherche des utilisations traditionnelles des plantes médicinales depuis une quinzaine d’années, les auteurs,
Michel Thouzery et Abdallahi ould Mohamed Vall ont réuni dans cet ouvrage le fruit de leurs recherches et de leur passion. La première partie de l’ouvrage présente la médecine traditionnelle mauritanienne ainsi que des perspectives de développement de la phytothérapie en Mauritanie.
La deuxième partie étudie 88 plantes utilisées par les populations et les tradipraticiens dans la gestion quotidienne de leur santé. Cette approche aborde chaque espèce en donnant les noms scientifiques et vernaculaires, le biotope, les usages traditionnels et les données scientifiques (chimie et toxicologie).
Chaque plante est illustrée d’une planche d’aquarelle ou de dessin réalisée in situ par Marie-Françoise Delarozière.
Cet ouvrage, prévu pour un public francophone, pour les amateurs d’ethnobotanique et les passionnés des déserts, est avant tout destiné à une diffusion en Mauritanie auprès des dispensaires, des professionnels de santé, des établissements scolaires et des enseignants.

Flore des Antilles, ou Histoire générale, botanique, rurale et économique des végétaux indigènes des Antilles et des exotiques qu’on est parvenu à y naturaliser

Ouvrage de F.R. de Tussac, Paris, 1808-1827

Magnifique herbier numérisé dont quelques planches sont accessibles sur le site des Archives Nationales d’Outre-Mer, en cliquant (dans le nuage de tags) sur le mot Flore.

Etnobotánica de Piloña (Asturias). Cultura y saber popular sobre las plantas en un concejo del centro-oriente asturiano

Thèse (en espagnol) de Elia San Miguel López, Universidad Autónoma de Madrid. Facultad de Ciencias. Departamento de Biología, 28/06/2004, Helios Sainz Ollero (Dir.), 445 p.

The role of plants in the traditional culture of Piloña, a Central-Oriental town council in Asturias (North of Spain), is described and analysed. Until the 1950’s, local economy has been basically self-sustained, while in the last  decades it has developed towards cattle production. The field work was conducted during June 2000 through to September 2002; for this period of time the author resided in the study area.  The information was compiled through 83 semistructured interviews, and continuous participant observation.
The results are presented in an ethnographic text where all the plants important to the traditional culture are cited in their context. Special attention is paid to registering local vocabulary concerning each activity. The role of plants in traditional agriculture, cattle raising, food, house implements, crafts, medicine, games, songs and tales, beliefs and ceremonies of Piloña is described. Information about 503 plant taxa was obtained, 143 of which are exclusively ornamentals. A total of 906 vernacular names was compiled, referring to 412 taxa; their meaning is discussed.
Systematic sampling of home gardens from 45 families throughout the council was carried out. Presence and abundance of plant species was recorded. Finally, a survey on the prevailing of traditional ethnobotanical knowledge in Piloña was applied to 132 people from different villages, sex and ages. The results show a fast decline of ethnobotanical knowledge in
Piloña, mostly among people younger than 60.

Accessible intégralement en version PDF sur le site de la Biblioteca Digital del Réal Jardin Botanico.

Les cultures et les pratiques agricoles antiques dans la cité de Béziers : L’exemple de la viticulture et de l’arboriculture sur l’autoroute A75 (Pézenas-Béziers, Hérault)

Article de Cécile Jung, Michel Compan et Isabel Figueiral publié dans « Viticulture et arboriculture antique sur le tracé de l’autoroute A75 Béziers-Pézenas. Résultats préliminaires, Girona : France » (2008)

Les opérations archéologiques réalisées préalablement à la construction de l’autoroute A75, entre Pézenas et Béziers (Hérault), ont permis d’enrichir le dossier de la viticulture antique dans la vallée de l’Hérault et de documenter celui de l’arboriculture antique, jusque là très peu perçu par l’archéologie. Les indices de viticultures sont déterminés par les données concernant les unités de production ou de stockage au sein des établissements agricoles, mais aussi par les vestiges des vignobles et les restes paléobotaniques issus du comblement des puits ou d’autres structures archéologiques. Concernant l’arboriculture, de vastes vergers sont désormais identifiés et permettent d’envisager témoins à l’appui une arboriculture de rendement. Là encore, les analyses paléobotaniques à partir des graines et des bois conservés dans les puits des établissements antiques permettent de compléter les observations archéologiques et de percevoir une grande variété d’arbres cultivés.

Accessible intégralement en version PDF (5,1 Mb) sur HAL-SHS.

Lire également « La perception des paysages et des agro-systèmes antiques de la moyenne vallée de l’Hérault. Apports des biomarqueurs à l’archéologie préventive » sur HAL-SHS toujours.

Le maïs en Corrèze, une céréale de complément

Article de Monique Chastanet, « Le maïs, de l’or en épi », catalogue d’exposition, pp.26-30

Les premières attestations de la culture du maïs en basse Corrèze datent de la seconde moitié du 17ème siècle (1663 et 1665). Des habitants de la région de Brive s’opposèrent notamment à la dîme sur le  » blé d’Espagne  » (et le sarrasin) pendant près d’un siècle, de 1665 à 1755. Ce qui montre l’importance accordée à cette plante, même si dans la région elle est restée, jusqu’au milieu du 20ème siècle, une culture de complément. Des sources du 18ème et du 19ème siècle, croisées avec des enquêtes orales, ont permis de reconstituer les modalités de cette culture et les différents usages du maïs, tant pour le bétail et la volaille que pour l’alimentation humaine. Sans oublier les spathes ou  » panouilles « , dont on faisait des paillasses. Si le maïs a pu entrer dans la fabrication du pain, on le consommait surtout sous forme de bouillie ou  » pou « , et de deux autres préparations : une pâte cuite dans un bouillon, appelée  » farcedure « ,  » poule sans os « ,  » mique  » ou  » colombe « , et une galette épaisse cuite en cocotte appelée  » tourtel  » ou  » millassou « . Ces deux préparations étaient ou sont encore faites, en moyenne et haute Corrèze, avec d’autres céréales ou avec des pommes de terre. Pour revenir au maïs et à la basse Corrèze, seule la recette du  » millassou  » s’est maintenue de nos jours, mais dans une version sucrée et sous forme de dessert.

Article intégralement accessible (scan) en version PDF (6Mb) sur HAL-SHS.