ETHNOBOTANIQUE

Une dilettante veille sur le sujet

Archives de février, 2011

La cohérence des comportements professionnels et privés chez les viticulteurs biologiques alsaciens

Article de Jean Nizet, Denise Van Dam et Marcus Dejardin paru dans Recherches sociologiques et anthropologiques, n°39-2, 2008, pp.23-42

Cette contribution s’interroge sur la forte cohérence observée au niveau des comportements professionnels et privés d’un petit échantillon de viticulteurs alsaciens que nous avons interviewés longuement. On s’attache d’abord à décrire ces comportements et à identifier les principes à partir desquels les acteurs les justifient. On propose ensuite deux hypothèses susceptibles de rendre compte de la cohérence constatée. La première suggère que cette cohé­rence est en partie construite par le discours des interviewés. La seconde s’interroge sur les mécanismes de socialisation. Trois mécanismes sont iden­tifiés : les tensions identitaires que les personnes ressentent lorsqu’elles s’écar­tent des principes évoqués ; les contrôles, formels et surtout informels, qu’elles exercent les unes sur les autres ; la hiérarchie qui s’instaure dans le champ de la viticulture biologique, en raison précisément de la plus ou moins forte cohé­rence des comportements. On montre que ces mécanismes combinent leurs effets pour produire une socialisation puissante et uniforme, qui fait des viti­culteurs biologiques interviewés des individus beaucoup plus intégrés que ce que prédisent des théories sociologiques qui mettent en avant la diversité, ou encore l’éclatement de l’expérience de l’individu contemporain.

Accessible intégralement en version HTML sur le site de la revue.

Quelle place pour l’agriculture dans le projet urbain en Suisse ?


L’agriculture située en périphérie des villes en Suisse est soumise à forte pression. Entre espace de production, patrimoine, paysage rural, zone de loisirs, espace naturel et réserve foncière, les espaces agricoles accumulent des rôles contradictoires alors que l’étalement urbain convoite les parcelles agricoles.
Le développement des expériences d’agricultures contractuelles de proximité prouve aussi que le voisinage entre agriculture et ville peut représenter l’opportunité de rapprocher producteurs et consommateurs. De même, le développement durable et le principe de souveraineté alimentaire donnent de plus en plus sens à une production locale et à la conservation d’espaces agricoles qui participent aussi de la qualité de vie en ville. Nul doute que de nouvelles formes urbaines intégrant l’agriculture, à commencer par de nouveaux espaces publics, sont à inventer.
L’objectif de ce colloque consacré à l’agriculture urbaine est de donner à voir cette complexité de la relation entre agriculture et ville en Suisse. Sans éluder les oppositions, il vise à interroger les possibles échanges, les interdépendances et aussi les opportunités induites tant pour l’économie agricole que pour le projet urbain par la proximité entre ville et agriculture.

Le colloque est intégralement accessible en vidéos sur le site de l’université de Lausanne :
– Introduction par Joëlle Salomon Cavin (Unil) et Nathalie Mongé (Hepia)
– Matin: Agriculture et ville: Vues d’ailleurs
– Après-midi: Agriculture et ville: Vues d’ici
– Synthèse par Jean Ruegg

Coton Bt en Inde : un anthropologue du Missouri propose une nouvelle approche pour l’étude de la controverse

Article de Magali Muller et Adèle Martial paru dans Les Bulletins de l’Actualité Technologique internationale, le 25/02/2011

Le sous-continent indien joue un rôle clé dans l’agriculture mondiale avec près de deux tiers de sa population (1,1 milliard d’habitant), dépendant directement de l’agriculture. Arrivé aux limites de la révolution verte, le pays s’est tourné vers la révolution des gènes. L’Inde est de loin le plus gros producteur de coton au monde : 9 millions d’hectares de cultures y sont consacrés, ce qui représente un quart des 35 millions d’hectares de coton cultivés dans le monde. Cependant les rendements en coton du pays lui valent seulement la 70ème place mondiale. La vulnérabilité du coton à de nombreux insectes ravageurs a conduit au développement du coton Bt, première culture transgénique à être introduite en Inde (en 2002). Il n’est pas sans rappeler que, depuis sa commercialisation par la compagnie Monsanto, l’Inde connaît une vague de suicides d’agriculteurs depuis plus d’une décennie et dont les causes ne sont pas précisément identifiées.

Glenn Stone, professeur d’anthropologie socioculturelle et d’études environnementales à Washington University à St. Louis, Missouri, s’est récemment engagé dans un projet de plusieurs années sponsorisé par la NSF sur la circulation de l’information, les compétences des agriculteurs, la propriété intellectuelle et la « political ecology » du coton génétiquement modifié en Inde.

La « political ecology » est une approche qui vise essentiellement à l’analyse des luttes pour le pouvoir en matière de gestion de l’environnement. Son principal objectif réside aujourd’hui dans une étude des transformations environnementales et politiques dégagées des préjugés qui pourraient affecter la recherche. Ses derniers travaux consistent en une étude anthropologique longitudinale sur l’exploitation du coton dans le Warangal District de l’état d’Andhra Pradesh en Inde, district le plus controversé et au centre des débats relatifs au suicide d’exploitants de coton. L’aspect longitudinal implique que l’étude développe une perspective plus large du changement technologique survenu dans la culture du coton qui, grâce à la prise en compte à deux niveaux (champ et exploitation) permet de révéler des dynamiques plus larges et sur le long terme. Celle-ci compare un groupe de 4 villages avant et après l’adoption du coton Bt. Elle s’étend sur une période de 5 ans, allant de 2003, dernière année avant l’adoption des semences Bt, à 2007, première année où environ la totalité des cultures de coton sont devenues Bt.

En conclusion, le professeur Stone clarifie ici la situation agricole en Inde pour le coton Bt, en prenant en compte l’environnement agricole dans son ensemble et non les simples augmentations de rendements agricoles et réduction des intrants constatées en champ. En prenant en compte l’ensemble de ces paramètres environnementaux, il apparaîtrait que les problèmes constatés en champ, comme l’accroissement des attaques de parasite non-ciblés par les cultures OGM, seraient en fait des symptômes d’un désordre plus grave dans les procédés de prise de décision agricole. En effet, les changements technologiques accélérés présentent deux inconvénients principaux : ils ciblent les symptômes des problèmes agricoles et non les causes sous-jacentes et ils ont mené à la déqualification des exploitants agricoles dépassés par toutes ces transformations. Mais, la situation reste controversée avec d’un côté les opposants au coton Bt qui remettent en cause les bénéfices de son adoption au niveau du « champ » alors que les adeptes n’ont quant à eux, pas reconnu que la culture GM pouvait avoir exacerbé les problèmes systémiques rencontrés par les producteurs de coton indiens.

Edunia de Eduardo Kac

Eduardo Kac est un artiste contemporain, fer de lance du Bio-Art. Sa dernière oeuvre d’art transgénique s’appelle Histoire Naturelle de l’Enigme, pour laquelle il a créé une nouvelle fleur (Edunia) en intégrant son propre ADN à un pétunia.

Pour en savoir plus, deux petits reportages télés :

– un sur son exposition « Life, light and language » au Centre des Arts D’Enghien

– un sur le bio-art

Vallons obscurs au pays du soleil. Etude d’un objet géographique, toponyme niçois devenu habitat européen

Thèse de Aurélie Tibaut, Université Paris-Sorbonne – Paris IV (Géographie), 04/12/2010, Jean-Paul Amat (Dir.), 394 p.

Les Vallons Obscurs sont des sites Natura 2000 de la région niçoise, ensemble de vallons de rive gauche du Var, proches de la ville et protégés sur les plans régional, national et européen. Au XIXe siècle, le Vallon Obscur était un site niçois célèbre pour ses caractères physiques. La recherche porte d’abord sur la définition de cet objet géographique. Que sont les vallons obscurs, quels critères leur donnent vie et permettent de les localiser ? Cette expression imagée est à la fois toponyme, but de promenades touristiques et site remarquable. La deuxième partie, fondée sur l’exploitation des relevés de terrain et des documents d’archive, aborde l’origine et l’originalité de l’obscurité et compare les géosystèmes et les paysages des vallons obscurs à ceux des vallons qui ne le sont pas. La troisième partie explore l’avenir de ces vallons. La disparition du Vallon Obscur originel pose la question de la sensibilité et de la fragilité de tels sites. Une typologie des vallons étudiés ouvre la réflexion sur les processus à l’origine des mesures de protection et sur leurs conséquences. L’étude du vallon obscur, petit objet géographique qui n’est ni vallon sombre ni ravin obscur, conduit à discuter des politiques de gestion de l’environnement à échelles emboîtées.

Thèse intégralement accessible en version PDF (93,1 Mb) sur HAL-SHS.

En Angleterre, Cameron renonce à vendre ou louer le domaine public forestier

Article de Virginie Malingre paru dans Le Monde, 17.02.2011

« Qu’y a-t-il de commun entre l’archevêque de Canterbury, Dame Judi Dench qui joue le rôle de M dans les James Bond, ou la chanteuse Annie Lennox ? Entre des conservateurs pur jus, des militants écologistes, des travaillistes confinés à l’opposition et même des communistes ? Réponse : leur opposition viscérale au projet du gouvernement de David Cameron de délester l’Etat anglais de ses forêts… »

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Vegetal city de Luc Schuiten

Le site web « Cité Végétale » est conçu comme une progression dans le temps et dans l’espace à travers le regard de Luc Schuiten. Il propose le cheminement de sa réflexion sur la présence de la nature comme modèle dans la conception d’un nouveau mode de construction qu’il nomme archiborescence.
Durant trois décennies, ce visionnaire écologique imagine et réalise des habitations, des paysages urbains, des cités inspirées par tout ce qu’il a pu observer dans des environnements naturels.
Le site web ouvre les portes d’une futur harmonieux par la modification de nos comportements dans nos millieux de vie. La nature n’est plus considérée comme une manne inépuisable et exploitable à merci, mais plutôt comme une alliée, susceptible de coopérer à l’édification d’une société durable.